Origine et histoire de l'Église Saint-Michel
L'église Saint-Michel de Caderousse (Vaucluse) présente un ensemble romano-gothique, conservant un chœur primitif datable du XIIe siècle ou de la fin du XIe. La nouvelle église a été édifiée au XVe siècle : le clocher date du début du XVe siècle et la nef a été construite entre 1438 et 1446. Avant 1470, Antoine d'Ancezune fit édifier une chapelle seigneuriale composée de deux travées voûtées d'ogives à nervures multiples dessinant une grande étoile. Son fils Guillaume IV la fit démolir en 1517 pour en bâtir une plus vaste, achevée en 1527, qui conserve des voûtes en étoile et des motifs de la Renaissance. L'édifice comprend une nef de quatre travées et une abside semi‑circulaire romane formée de cinq arcatures en plein cintre retombant sur des colonnettes. Extérieurement, l'abside constitue un des rares témoins du gothique flamboyant provençal. Le clocher à arcades, reconstruit entre 1509 et 1511 au‑dessus de l'arc du chœur, s'élève sur trois étages et comporte six baies ; il est classé au titre des monuments historiques depuis 1945. L'église elle‑même est classée depuis 1946, et la chapelle d'Ancezune depuis 1905. À l'intérieur, la chapelle latérale placée sous le vocable de saint Claude, dite aussi chapelle de Moussu ou chapelle de Monsieur, remonte au XVe siècle et se distingue par sa richesse architecturale et ornementale. Le chœur de la chapelle d'Ancezune est éclairé par quatre fenêtres ornées de blasons et couvert de voûtes en étoile composées de liernes et de tiercerons ; la tribune et la balustrade, réservées aux seigneurs, témoignent de son caractère privé. Un petit oratoire à voûte étoilée conserve quatre clefs pendantes portant les écus d'Ancezune ; des armoiries y furent replacées en 1945. Plusieurs chapelles latérales furent ajoutées aux XVe et XVIe siècles — celles de Chassenatico et Maréchal, la chapelle du curé André Fayssat, celles du prieur et des syndics, puis une seconde chapelle des syndics — portant l'ensemble à six chapelles latérales vers 1527. Ces adjonctions ont entraîné l'ouverture de murs latéraux et la construction d'arcs et d'arc‑boutants, certains s'appuyant sur des propriétés voisines comme le château d'Ancezune. La toiture de la chapelle d'Ancezune est dallée et bordée d'une balustrade flamboyante ; un petit clocheton sans cloches la couronne et des gargouilles sculptées assurent l'évacuation des eaux. L'église a subi de nombreuses modifications intérieures au fil des siècles, dont le déplacement de la tribune et la reconstruction du clocher. Une rénovation importante conduite sous la mandature de Pierre Cuer a eu lieu en 1985 et l'édifice a été béni par l'archevêque d'Avignon le 15 décembre 1985 ; lors de ces travaux des ossements ont été mis au jour et regroupés dans le cimetière communal. Des transferts d'ossements et de plaques mortuaires avaient déjà été opérés entre 1862 et 1863 vers le second cimetière, et d'autres restes furent retrouvés lors des rénovations de 1984‑1985. Le mobilier liturgique ancien, dont plusieurs retables mentionnés dans les archives, a en grande partie disparu. L'église porte encore des traces de son histoire : marques de tâcherons, relevés des hauteurs d'inondations sur les piliers et éléments sculptés partiellement détruits lors d'événements passés. De nombreuses sépultures familiales y furent installées, notamment celles des d'Ancezune, des Pontavès et des Gramont‑Caderousse. La sacristie actuelle, décidée en 1825 et construite à partir de 1826, se situe derrière les arcatures, et la chapelle de la Vierge, édifiée ensuite, possède une croisée d'ogives et avait un autel en marbre. Par ses éléments romans et gothiques et par la succession de chapelles seigneuriales, Saint‑Michel offre un témoignage riche et complexe de l'architecture religieuse locale.