Origine et histoire de l'Église Saint-Michel
L'église Saint-Michel de Montaner, édifiée dès le XIe siècle sur les pentes de la butte supportant la forteresse locale, a été presque entièrement reconstruite entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle. Ses murs conservent des traces de cette période romane initiale, tandis que sa structure actuelle, marquée par une nef de trois travées et un chœur polygonal voûté d’ogives, date principalement du XVIe siècle. À l’extérieur, la toiture en pavillon à forte pente souligne la surélévation du chœur, et la porte ouest, en arc brisé, arbore un chrisme gravé entouré des mots Rex, Lux et Lex, symboles chrétiens médiévaux.
L’intérieur de l’église se distingue par un ensemble exceptionnel de fresques murales réalisées à la fin du XVe ou au XVIe siècle, couvrant la totalité des murs. La plus remarquable représente le Jugement dernier, avec une scène de moisson des âmes où démons et pêcheurs (voleur aux mains coupées, moines, figure juive, roi couronné) illustrent la damnation universelle. D’autres séries dans le chœur dépeignent la vie de Marie, la Création du monde et des ecclésiastiques. Ces peintures, partiellement abîmées après avoir été recouvertes de chaux par les protestants, ont ainsi été préservées de la lumière.
Classée monument historique en 1957, l’église abrite aussi un retable monumental du XVIIIe siècle, attribué à Marc Ferrère, ainsi que des boiseries Régence encadrant le maître-autel. Son système de contrebutement intérieur, rare, soutient les voûtes via des contreforts intégrés aux chapelles latérales. Les comparaisons stylistiques avec les églises voisines de Castéra-Loubix, Lamayou ou Peyraube suggèrent une école régionale de peinture murale active dans le Béarn à cette époque.
Le site, propriété de la commune de Montaner (Pyrénées-Atlantiques), s’inscrit dans un paysage marqué par la forteresse médiévale voisine. Son histoire reflète les tensions religieuses de la région, entre catholicisme et protestantisme, ainsi que l’évolution architecturale des édifices cultuels du Béarn, passant du roman au gothique tardif. Les fresques, bien que dégradées, offrent un témoignage unique de l’iconographie religieuse et des mentalités de la fin du Moyen Âge dans le sud-ouest de la France.