Origine et histoire de l'Église Saint-Nazaire
L'église Saint-Nazaire, classée monument historique, se situe à l'entrée sud-est du bourg de Corme-Royal, en Charente-Maritime. Une église antérieure, dédiée à saint Pierre puis à saint Nazaire, est mentionnée par une charte de 1040 et fut donnée à l'abbaye de la Trinité de Vendôme, puis cédée sept ans plus tard à l'abbaye aux Dames de Saintes. L'édifice actuel, fondé dans la seconde moitié du XIIe siècle, paraît avoir été construit en deux temps : d'abord le transept et le chœur, dont subsistent des vestiges, puis la voûte en berceau brisé de la nef et la façade occidentale. Le chevet primitif, en hémicycle, fut remplacé dès le XIIIe siècle par un mur plat gothique percé d'une grande fenêtre ogivale. L'entrée s'ouvre sur un narthex très élevé, percé d'une porte haute desservant la nef par cinq marches, éclairé par deux fenêtres en plein cintre et couvert d'une voûte ogivale étoilée dont les nervures convergent vers un trou à cloches. La nef compte six travées, les trois premières voûtées en ogive avec clés sculptées, les trois autres, plus basses, en berceau brisé. Après la guerre de Cent Ans, une partie de l'édifice fut reprise : le mur sud fut remplacé par cinq grosses colonnes lisses supportant les arcs ogivaux et six grandes baies ouvrant sur un bas-côté nord voûté en ogive. Les travaux se poursuivirent au XVIIe siècle, notamment pour l'achèvement des voûtes et du clocher coiffé d'un toit en carène. Malgré les remaniements, l'église conserve d'importants éléments romans, notamment le mur sud de la nef percé de baies en plein cintre, encadrées de colonnettes à chapiteaux sculptés, ainsi que des corniches sculptées et un chapiteau représentant un énorme dragon en combat. La façade occidentale, de composition romane régionale, présente trois arcades sur chacun des deux niveaux et un décor sculpté riche mêlant ornements géométriques et végétaux, animaux fantastiques et personnages bibliques couvrant arcatures, voussures, colonnes, chapiteaux et corniches. L'édifice a été classé monument historique le 21 janvier 1907.
Au rez-de-chaussée, le portail en plein cintre est encadré de deux portes factices en arc brisé ; les voussures de ces portes sont ornées de fleurs stylisées, les chapiteaux présentent des rinceaux dont l'un est endommagé, et les sculptures centrales, très altérées, sont traditionnellement interprétées comme la Visitation et la Présentation au Temple. Le portail central, longtemps muré puis dégagé en 1880, offre une profusion de motifs sculptés mais a été fortement restauré et conserve peu d'éléments d'origine. Entre les deux niveaux, la corniche de séparation est finement sculptée et comporte, sur la gauche, une Pesée des âmes avec l'archange saint Michel face à un diable, puis une série d'une douzaine de couples d'oiseaux affrontés ou de griffons, et au-dessus du portail central six figures — un homme priant, un évêque, un guerrier, un personnage portant un objet peut‑être évangélique, une sirène-poisson et un lion rampant — tandis que la corniche au-dessus de la porte sud est ornée de rinceaux.
Au premier étage, la large baie centrale à tympan sculpté, flanquée de deux baies aveugles, est encadrée par des colonnes finement travaillées ; la voussure de la baie centrale illustre l'allégorie des Vierges sages et des Vierges folles, scène évangélique qui a inspiré un ancien drame liturgique, tandis que la baie aveugle nord présente quatre saints dont une abbesse, saint Nazaire et son compagnon saint Celse, et sainte Catherine d'Alexandrie, et la baie aveugle sud montre le combat des Vertus et des Vices, thème fréquent sur les façades de Saintonge. La corniche supérieure repose sur des modillons très ouvragés et l'ensemble du pignon, aménagé à la fin du XVe siècle pour servir d'assise au clocher, porte une statue remployée figurant probablement un ange, sur un piédestal flanqué de deux lions adossés. Le clocher, ajouté au XVe siècle, n'a sans doute jamais été élevé davantage et est aujourd'hui coiffé d'une toiture Louis XIII en ardoise.
À l'intérieur, l'iconographie romane se concentre sur quelques chapiteaux et tailloirs ainsi que sur trois baies du mur sud de la nef et une quatrième, plus tardive, dans le chœur ; ces baies en plein cintre, dotées de colonnettes d'angle, percent un mur épais d'environ trois mètres. Parmi les chapiteaux, l'un du pilier principal montre un dragon ailé combattant un quadrupède, d'autres présentent un lion crachant un rinceau, des entrelacs et plusieurs créatures fantastiques affrontées, tandis que la baie du chœur porte des sculptures plus récentes dont un griffon ou dragon ailé à tête d'oiseau et un motif végétal. Le mobilier comprend un tableau de la Sainte Famille daté de 1636 et signé Lartigue, mentionnant une abbesse de Saintes, Madame de Foix, ainsi qu'un bénitier constitué d'un chapiteau renversé en marbre ou calcaire fin d'origine inconnue, un crucifix, des stalles, une chaire, un confessionnal et des vitraux refaits dans les années 1970.