Origine et histoire
L’église Saint-Nazaire de Corme-Royal, située en Charente-Maritime, trouve ses origines au XIIe siècle, période durant laquelle elle fut édifiée en deux phases : d’abord le transept et le chœur, puis la nef voûtée en berceau brisé et la façade occidentale. Ce premier édifice roman remplaçait une église antérieure dédiée à saint Pierre, mentionnée dans des chartes du XIe siècle comme dépendante des abbayes de Vendôme et de Saintes. Son chevet primitif, semi-circulaire, fut reconstruit dès le XIIIe siècle dans un style gothique, marqué par un mur plat percé d’une grande fenêtre ogivale.
Au XVe siècle, après les ravages de la guerre de Cent Ans, l’église subit d’importantes transformations défensives et structurelles. Le mur sud de la nef fut doté de créneaux, meurtrières et un chemin de ronde, évoquant davantage une forteresse qu’un lieu de culte. Un nouveau clocher, coiffé d’une toiture en carène, fut érigé au-dessus de la première travée, renforçant son aspect massif. La nef fut également remaniée : cinq colonnes lisses, sans chapiteaux, furent ajoutées pour supporter des arcs ogivaux et des baies ouvrant sur un bas-côtés nord, tandis que les voûtes furent achevées au XVIIe siècle.
La façade occidentale, chef-d’œuvre de l’école romane saintongeaise, se distingue par sa composition en trois arcades superposées, inspirée des arcs de triomphe antiques. Richement sculptée, elle mêle motifs géométriques, végétaux, et scènes bibliques (Vierges Sages et Folles, Jugement Dernier). À l’intérieur, subsistent des éléments romans remarquables, comme les chapiteaux historiés de la nef sud, dont un représente un dragon combattant un quadrupède. Classée Monument Historique en 1907, l’église conserve aussi un mobilier notable, tel un tableau de 1636 signé Lartigue, représentant la Sainte Famille aux côtés de l’abbesse de Saintes.
L’iconographie romane, bien que limitée à quelques baies et chapiteaux, révèle une grande maîtrise artistique. Les baies en plein-cintre du mur sud, encadrées de colonnettes à chapiteaux sculptés, illustrent des créatures fantastiques (dragons, griffons) ou des entrelacs végétaux. Le portail occidental, longtemps muré avant d’être dégagé en 1880, offre une profusion de motifs restaurés : anges adorant le Christ, abbés recevant l’Évangile, ou rinceaux entrelacés. Ces détails, combinés aux ajouts défensifs du XVe siècle, témoignent des adaptations successives de l’édifice aux besoins spirituels et stratégiques de la communauté.
Le clocher, construit à la fin du XVe siècle, reflète les contraintes financières de l’époque. Son soubassement, jugé trop fragile, limita sa hauteur, et il fut finalement coiffé d’une toiture « Louis XIII » en ardoise. À l’intérieur, les clés de voûte et les culs-de-lampe, bien que partiellement endommagés, complètent ce patrimoine sculptural. Les vitraux, refaits dans les années 1970, contrastent avec l’ancienneté des structures romanes, tandis qu’un chapiteau en marbre renversé, utilisé comme bénitier, rappelle les réemplois fréquents dans les édifices médiévaux.
L’église Saint-Nazaire incarne ainsi près de neuf siècles d’histoire, depuis son origine monastique jusqu’à son rôle de forteresse pendant les conflits médiéaux. Son classement parmi les Monuments Historiques souligne sa valeur architecturale et artistique, tout en préservant la mémoire des artisans et donateurs qui, des abbayes de Vendôme et de Saintes aux seigneurs locaux, ont façonné son identité unique en Saintonge.