Origine et histoire de l'Église Saint-Nicolas
L'église Saint-Nicolas de Beaujeu, située dans le département du Rhône en région Auvergne-Rhône-Alpes, fut construite au début du XIIe siècle par Guichard II de Beaujeu. Selon une légende locale, elle aurait été érigée sur l’emplacement d’un étang où son fils se serait noyé. L’édifice fut consacré en 1129 par le pape Innocent II, accompagné de l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable et d’évêques, dans un contexte de rivalité avec l’antipape Anaclet II. Cette consécration marqua son importance politique et religieuse, Innocent II cherchant alors l’appui du roi Louis VI et de Bernard de Clairvaux.
L’architecture de l’église, influencée par le style clunisien, se distingue par l’utilisation de roches éruptives, une nef charpentée, une abside semi-circulaire et des chapelles latérales ajoutées aux XVe et XVIe siècles. Parmi ses éléments remarquables figurent un enfeu, un personnage sculpté accroupi sur un pilastre, ainsi que des vitraux des XVe et XIXe siècles. Ceux de la chapelle des fonts baptismaux, datant de la fin du XVe siècle, illustrent le martyre de saints Crépinien et Crépin, patrons des tanneurs, tandis que d’autres représentent des scènes hagiographiques comme saint Nicolas ressuscitant des enfants.
Les peintures murales de l’église s’échelonnent du XIIIe au XIXe siècle. Dans l’abside, des fresques néo-romanes de 1880, commandées par l’abbé Seignerin et réalisées par Zaccheo, recouvrent des peintures du XVIIe siècle découvertes en 1985 mais conservées pour leur cohérence avec les autels néo-romans. Le croisillon nord abrite des peintures médiévales (XIIIe–XIVe siècles), peut-être liées à la légende fondatrice de l’église ou à saint Michel. La coupole, quant à elle, présente un décor en trompe-l’œil néo-gothique flamboyant (1840–1860), mis au jour lors de rénovations.
Plusieurs éléments mobiliers sont classés à l’inventaire, dont une chaire de 1809, des chandeliers et une croix d’autel du XVIIIe siècle, ainsi que des tableaux et statues représentant des saints (saint Éloi, saint Antoine, saint Louis de Gonzague). L’orgue romantique-symphonique, construit par Merklin Kuhn dans les années 1920 et restauré en 2002, fut offert pour le 8e centenaire de la consécration de l’église. L’édifice, partiellement classé depuis 1909 et inscrit en totalité en 2020, reste un témoignage majeur de l’art roman en Beaujolais.
Avant Saint-Nicolas, l’église paroissiale était Saint-Martin des Étoux, devenue dépendante après sa construction. La collégiale des chanoines de Beaujeu, antérieure (XIe siècle), fut détruite à la Révolution, faisant de Saint-Nicolas la plus ancienne église conservée de la ville. Son histoire reflète les liens étroits entre le pouvoir seigneurial des Beaujeu, l’Église clunisienne et les enjeux politiques du Moyen Âge central.