Origine et histoire de l'Église Saint-Nicolas-du-Chardonnet
L'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, située au 23 rue des Bernardins dans le 5e arrondissement de Paris, trouve ses origines au XIIIe siècle. Une chapelle dédiée à saint Nicolas y fut érigée en 1230, remplacée par une église en 1243, puis agrandie et reconstruite à plusieurs reprises. Le clos du Chardonnet, mentionné dès 1126, était un domaine viticole situé entre l'abbaye Saint-Victor et la rue de Bièvre, intégré plus tard dans l'enceinte de Philippe Auguste.
La reconstruction majeure de l'église débuta en 1656 sous Louis XIV, selon les plans attribués à Charles Le Brun, premier peintre du roi et marguillier de la paroisse. Les travaux, dirigés par les architectes Michel Noblet et François Levé, s'étalèrent sur plus d'un siècle, avec des interruptions financières. La nef fut achevée en 1716, la voûte posée en 1763, et la façade, financée par Marc-René de Voyer de Paulmy d'Argenson, ne fut terminée qu'en 1937. L'église, atypique pour son absence d'orientation est-ouest, fut classée Monument Historique en 1887.
Le 27 février 1977, l'église fut occupée illégalement par des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, menés par l'abbé François Ducaud-Bourget. Malgré un arrêté d'expulsion obtenu par l'archevêché de Paris, les traditionalistes y sont toujours installés, faisant de Saint-Nicolas-du-Chardonnet un symbole du catholicisme traditionaliste et un lieu de rassemblement pour une partie de l'extrême droite française. L'église abrite des œuvres d'art majeures, dont des tableaux de Charles Le Brun et Noël Nicolas Coypel, ainsi qu'un orgue historique restauré en 2009.
L'édifice conserve des reliques notables, comme une fiole d'eau des os de saint Nicolas et un ossement de saint Victor. Son intérieur riche comprend des sculptures de Michel Anguier et Gaspard Collignon, ainsi qu'une chapelle privée dédiée à saint Charles Borromée, ornée par Coysevox. Les cloches, bénies en 1856, portent les noms de Louis, Napoléon, Eugénie et Jean, en hommage à l'empereur Napoléon III et à l'impératrice Eugénie.
Depuis son occupation, l'église est un lieu de culte actif pour les traditionalistes, avec des processions annuelles (Rameaux, Fête-Dieu, Assomption, Immaculée Conception) et des messes commémoratives, comme celle dédiée aux victimes de la fusillade de la rue d'Isly en 1962. Elle a aussi servi de cadre à des événements politiques, notamment des hommages à des figures de l'extrême droite, comme Maurice Bardèche ou Jean-Marie Le Pen.
Architecturalement, Saint-Nicolas-du-Chardonnet se distingue par sa façade néoclassique, son clocher carré latéral, et son intérieur baroque. Le grand orgue, construit par François Thierry en 1725 et restauré à plusieurs reprises, est un joyau musical classé. L'église abrite également les tombes de personnalités historiques, dont Charles Le Brun, Jérôme Bignon et François Ducaud-Bourget, inhumé dans le chœur.