Origine et histoire de l'Église Saint-Ouen
L'église Saint-Ouen, partiellement en ruine, se situe à l'est du bourg de Périers-sur-le-Dan, dans le Calvados, en Normandie. L'édifice est classé au titre des monuments historiques depuis le 7 décembre 1914. Le site livre des vestiges d'un habitat mérovingien et carolingien et l'origine de l'église remonte au VIIIe siècle ; elle porte le nom de saint Ouen, évêque de Rouen de 640 à 684, dont les reliques étaient réputées miraculeuses. Le premier bâtiment, aux murs appareillés en arête-de-poisson, fut détruit au IXe siècle lors des grands raids normands. Reconstruite au XIe siècle après la conquête de l'Angleterre, l'église fut agrandie par un collatéral au nord de la nef et son toit fut couvert d'ardoises vertes du Cotentin. Au XIIIe siècle le chœur fut rebâti dans le style gothique, tandis que la nef reçut quelques éléments gothiques tels qu'une porte tréflée et une crédence trilobée. Au XIVe siècle des fresques représentant la vie de saint Ouen furent peintes dans le chœur, puis l'édifice tomba en ruines pendant la guerre de Cent Ans ; le bas-côté fut finalement démoli et le mur de séparation comblé, ne conservant qu'une arcade avec ses colonnes et chapiteaux, et la toiture fut recouverte de tuiles rouges. Vers le milieu du XVIe siècle, la religion réformée s'imposa dans le village et l'église servit de temple de 1557 à 1577 ; la Contre-Réforme ramena les catholiques qui, toutefois, abandonnèrent l'usage de la nef et firent ériger un maître-autel au XVIIe siècle, tandis que les fresques étaient recouvertes d'un badigeon blanc. En 1791, le curé réfractaire dut fuir et la paroisse fut rattachée à Mathieu. Des fouilles menées en 1929 et 1970 ont permis de dater certaines parties de l'édifice et de mettre au jour des vestiges mérovingiens à proximité, et des travaux de consolidation et de restauration effectués en 1980-1981 ont permis la réouverture du chœur pour la fête de la Saint-Ouen et les journées du patrimoine.
L'église, orientée nord-ouest — sud-est, présente un chœur restauré entièrement clos ; de la nef ne subsistent que les murs. Le pignon nord-ouest, en arête-de-poisson, est percé d'une petite porte rectangulaire dont le linteau supporte un arc de décharge, surmontée d'une fenêtre romane du XIe siècle, étroite à l'extérieur et ébrasée à l'intérieur, dont le linteau en pierre est protégé par un arc de décharge intérieur. Le mur sud, également en arête-de-poisson à l'origine, montre de l'ouest vers l'est une fenêtre romane du XIe siècle, puis une porte du XIIIe siècle rectangulaire surmontée d'un arc en mitre trilobé orné de trèfles à quatre feuilles ; la maçonnerie y change pour de petits moellons disposés horizontalement, percés successivement d'une fenêtre cintrée du XIIe siècle et d'une fenêtre à meneaux de style gothique datée des XIVe ou XVe siècles, séparées par un contrefort renforcé au XVe siècle. À l'intérieur du même mur sud se voient une crédence gothique du XIIIe siècle sous la baie à meneaux et une petite niche romane. Le mur nord de la nef est percé d'une grande arcade du XIe siècle qui ouvrait sur un bas-côté détruit aux XIVe ou XVe siècles ; l'arcade repose sur un chapiteau soutenu par une colonne engagée et, près de l'arc triomphal, subsistent les vestiges d'un escalier à vis menant aux combles. L'arc triomphal, fermé depuis 1981 par une porte massive et servant désormais de mur-pignon pour le chœur, comporte deux rouleaux dont l'un est orné d'un tore et des demi-colonnes portant des chapiteaux du début du XIIe siècle sculptés de godrons ; il est encadré de culs-de-lampe qui soutenaient la voûte de la dernière travée de la nef. Au-dessus de cette arcade se trouvent deux ouvertures, dont la plus ancienne, du XIe siècle, est bouchée ; elles mettaient en communication les combles de la nef et du chœur, et le clocher-mur était prévu pour recevoir deux cloches.
Le chœur, entièrement reconstruit au XIIIe siècle dans le goût gothique, est doté de hautes fenêtres en lancettes insérées entre des contreforts, d'une frise de dents-de-scie sous la toiture et d'un clocher à arcades sur le pignon ouest. Il comprend trois travées voûtées d'ogives retombant sur de fines colonnes aux chapiteaux élancés. Il abrite un ensemble autel et retable du début du XVIIe siècle, principalement en pierre blanche : quatre colonnes cannelées et jumelées à chapiteaux corinthiens soutiennent un fronton cintré brisé, au centre duquel un édicule à niche contient un Christ ressuscité. Le grand tableau central représentant l'Adoration des Mages porte les armes de la famille Le Sens surmontées d'un chapeau ecclésiastique, rappelant Gédéon Le Sens nommé prêtre de la paroisse en 1642 ; de part et d'autre, des amortissements de pierre couronnés d'un pot à feu ornent le sommet des portes donnant sur la sacristie, couloir simple derrière l'autel. Les peintures murales, découvertes en 1882 et restaurées de 2003 à 2006, datent pour les plus anciennes du XIIIe siècle : elles recouvraient la partie basse des murs par un réseau d'arcatures entrecroisées surmonté d'une large frise jaune et rouge, tandis que la partie supérieure présentait un faux appareil à double joint rouge ; entre ces frises, des scènes de la vie de saint Ouen peintes au XIVe siècle ornent les murs nord et sud, et quatre scènes sans saint Ouen figurent sur le mur est, formant un ensemble de peintures anciennes et d'une rare lisibilité en Normandie.
Bibliographie: Monique Drouet, Promenade historique à Périers sur le Dan (avril 2005); Arcisse de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, t. 1, Caen, Hardel, 1846, p. 406-409; Périers-sur-le-Dan, étude archéologique et historique, mémoire de maîtrise, 1970 (archives du CRAHM, université de Caen); Le Patrimoine des communes du Calvados, tome 2, éditions Flohic.