Origine et histoire de l'Église Saint-Patern
L'église Saint-Patern de Louvigné-de-Bais remplace une ancienne église romane du XIIe siècle, dont seule une chapelle seigneuriale subsiste, remaniée à l’époque gothique. Sa construction actuelle, initiée en 1536 par l’architecte Richard Babin, adopte un plan en croix latine avec une nef, des chapelles latérales formant transept, et un chœur à chevet plat. Consacrée en 1548, elle est enrichie en 1563 par un collatéral nord financé par Jean Coury et Jean Perdriel, puis en 1759-1760 par son pendant sud, remplaçant une chapelle médiévale pour des raisons de symétrie. La tour classique, érigée en 1760 par l’architecte rennais Antoine Le Forestier, couronne l’édifice d’un dôme et d’une flèche, typiques de l’« architecture neutre » du XVIIIe siècle.
Les vitraux de l’église, datant des XVe, XVIe et XIXe siècles, comptent parmi les plus remarquables de Bretagne. Cinq verrières anciennes, classées monuments historiques, illustrent des scènes mariales, la Descente aux limbes (1567) ou la Transfiguration (1544), œuvres des ateliers vitréens Guyon Collin et Gilles de La Croix-Vallée. Au XIXe siècle, les peintres-verriers Lecomte et Colin de Rennes ajoutent des vitraux néogothiques, comme la Crucifixion (1886) du chœur, classée en 1984. Ces ensembles reflètent l’évolution stylistique, du gothique flamboyant à la Renaissance, et l’influence des donateurs locaux, tels Louise de Goulaine ou Michel Le Sénéchal.
L’intérieur, entièrement voûté de bois, abrite un mobilier liturgique classé : retables des XVIIe et XVIIIe siècles, dont celui du transept nord (1653) orné d’un tableau de la Dation du rosaire à saint Dominique, et une Vierge de Pitié en terre cuite (1785) par Pierre Taveau. Les fonts baptismaux (1782), signés des marbriers Étienne Duval et Noyer, ainsi que l’orgue de Jean-Baptiste Claus (1880), originaire du Théâtre de Rennes, témoignent de l’artisanat local. L’édifice, inscrit en 1926 puis classé en 1984, illustre la richesse artistique et religieuse de la Haute-Bretagne sous l’Ancien Régime.
La façade sud, sobre, contraste avec la façade nord, ornée d’une porte Renaissance et de contreforts sculptés. Un cadran solaire (1770) et un campanile octogonal complètent l’architecture extérieure. La chapelle seigneuriale romane, transformée en sacristie, abrite une crypte sépulcrale sous le chœur, rappelant les liens féodaux du site. Les arcades intérieures, en tiers-point, reposent sur des piles alternativement cylindriques et octogonales, tandis que les verrières des collatéraux éclairent un espace marqué par des sablières et des blochets sculptés d’anges.
L’église Saint-Patern incarne les mutations architecturales et religieuses de la Bretagne, des guerres de Religion à la Révolution. Son plan, ses vitraux et son mobilier reflètent les influences successives : gothique tardif, Renaissance, et classicisme du XVIIIe siècle. Les commanditaires, nobles (famille d’Espinay) ou bourgeois (marchands locaux), ont façonné son identité, entre dévotion et affirmation sociale. Classée pour ses vitraux et son retable, elle reste un témoin majeur du patrimoine breton, étudié par des historiens comme Amédée Guillotin de Corson ou René Couffon.
Les restaurations des XIXe et XXe siècles, comme celle de l’orgue par Yves Sévère (1981), ont préservé cet héritage. Aujourd’hui propriété communale, l’église continue de jouer un rôle central dans la vie locale, entre culte et tourisme patrimonial. Son inscription à l’Inventaire général et sa protection au titre des monuments historiques soulignent son importance dans le paysage religieux et artistique d’Ille-et-Vilaine.