Origine et histoire de l'Église Saint-Paul
L'église Saint-Paul de Beaucaire, initialement rattachée au couvent des Cordeliers (ou frères mineurs), fut construite à partir de 1360 à l’intérieur des remparts de la ville pour échapper aux dangers de la guerre de Cent Ans. Les matériaux de l’édifice roman du XIIe siècle, démoli, furent réemployés, notamment pour les colonnettes du portail. La nef, austère et dépouillée selon les vœux de pauvreté des moines, date du XIVe siècle, tandis que le chœur, étayé d’arcs-boutants et surmonté d’une flèche à crochets typique du Midi, fut ajouté en 1450 sous l’impulsion de Tanneguy du Chastel, viguier de Beaucaire.
En 1622, l’église accueillit les États du Languedoc présidés par Louis XIII. Sous la Révolution, elle fut rebaptisée Saint-Bonaventure, profanée (un cafetier y installa son commerce en 1792), et transformée en réserve à fourrage après le saccage de son mobilier. Rendue au culte catholique en 1804, elle fut classée monument historique en 2005. Son architecture, basée sur des proportions géométriques (triangle équilatéral, rapport 2/1), reflète une conception médiévale rigoureuse, bien que la décoration extérieure, comme le portail latéral, date du XIXe siècle.
L’édifice conserve des traces de son passé franciscain, comme le portail du XVIe siècle (26 rue Eugène-Vigne), dernier vestige du couvent, classé en 2006. À l’intérieur, le buffet d’orgue de 1773, rescapé de la Terreur et classé en 1994, rappelle les liens avec la famille Cavaillé-Coll : Dominique-Hyacinthe, père d’Aristide, y officia et s’y maria en 1808. Les toiles hagiographiques, dont trois de Jacques Réattu (1827–1830), et les vitraux du chevet (1880) illustrent les ajouts post-révolutionnaires.
Le mobilier inclut des œuvres locales, comme la statue de Saint Louis par Cartailler (1860) ou les retables d’Antoine Vignaud (chapelle du Sacré-Cœur). Les chapelles latérales, dédiées à des saints franciscains (Saint-Théophile, Sainte-Élisabeth) ou locaux (Sainte-Marie-Madeleine, patronne de Beaucaire), témoignent de l’ancrage spirituel et historique de l’église. Son plan rectangulaire, ses contreforts, et ses baies en quart de cercle soulignent l’héritage gothique méridional, malgré les transformations des XIXe et XXe siècles.
Classée en totalité depuis 2005, l’église Saint-Paul reste un exemple remarquable d’architecture monastique adaptée aux contraintes urbaines. Son imbrication dans le bâti de Beaucaire, entre la rue Eugène-Vigne et l’impasse Saint-Paul, reflète son évolution d’un couvent périurbain (attesté dès 1254) à une paroisse active après la Révolution. Les recherches d’Olivier Lombard et les archives départementales du Gard (AD30) confirment son rôle central dans l’histoire religieuse et civile du Languedoc.