Origine et histoire de l'Église Saint-Paul
La basilique Saint-Paul de Narbonne, initialement une collégiale médiévale, puise ses origines dans un premier édifice incendié au Ve siècle. Après la conquête musulmane de Narbonne en 719, une mosquée fut installée dans l’atrium de l’ancienne basilique, détruite après la reconquête mérovingienne de 759. Une église préromane fut reconstruite vers 1180, puis profondément transformée à partir de 1224 sous l’impulsion de l’abbé Robaldus, futur évêque de Pavie. Le chœur, le transept et la nef furent repris, et le tombeau de saint Paul-Serge y fut transféré en 1244. Les travaux s’achevèrent en 1265, marquant l’aboutissement d’un chantier gothique majeur.
Au XIVe siècle, un incendie en 1368 endommagea la couverture de la nef, entraînant la reconstruction des voûtes et du clocher-porche. Entre 1432 et 1458, les deux travées occidentales furent rebâties, et au XVIe siècle, six piles de la nef furent renforcées par des massifs circulaires. Un clocher inachevé, commencé en 1508, fut interrompu par la construction des nouveaux remparts adossés à la façade. Les modifications se poursuivirent au fil des siècles, avec des restaurations notables au XVIIIe siècle (consolidation du clocher en 1751) et au XXe siècle, où Henri Nodet restitua les balustrades du déambulatoire et les baies du transept.
L’église, classée Monument Historique en 1862 et élevée au rang de basilique mineure en 1953, recèle un riche décor intérieur. Les chapiteaux de la nef représentent des damnés dévorés par des monstres, tandis que ceux du chœur, ornés de feuilles d’acanthe et de marguerites, témoignent d’un art gothique raffiné. Quatre tableaux de Jacques Gamelin ornent le chœur, dont une Assomption de la Vierge et un Saint Charles Borromée. Le transept gauche abrite des vantaux Renaissance et les vestiges de tapisseries d’Aubusson de 1696. Une légende locale, popularisée par Frédéric Mistral, raconte l’histoire d’une grenouille sculptée au fond d’un bénitier, dont la patte aurait été brisée par un compagnon menuisier.
Saint Paul-Serge, premier évêque de Narbonne, est une figure centrale de l’histoire du lieu. Selon Grégoire de Tours, il aurait fait partie des sept missionnaires venus de Rome au IIIe siècle pour évangéliser la Gaule. Son tombeau, transféré dans le chœur en 1244, attira une dévotion constante, faisant de l’église une étape majeure sur la via Tolosana, un chemin de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Des fouilles archéologiques menées entre 1942 et 1946 révélèrent un cimetière paléochrétien autour de sa tombe, confirmant son rôle dans la christianisation de la Narbonnaise. Les sarcophages découverts, dont certains sculptés, datent de l’époque constantinienne et attestent de la réutilisation d’une nécropole païenne antérieure.
L’abbaye contiguë à l’église, sécularisée en 1206, abritait une communauté de chanoines jusqu’en 1791. Des diplômes carolingiens de 782 et 843 attestent de son importance dès le haut Moyen Âge, où elle était reconnue comme la seconde église de Narbonne après la cathédrale. Les restaurations du XXe siècle, dirigées par Henri Nodet, permirent de mettre en valeur les vestiges archéologiques, dont une cella memoriae préchrétienne et des mosaïques. Deux tableaux classés Monuments Historiques, un portrait de saint Rustique (archevêque de Narbonne au Ve siècle) et une Marie-Madeleine pénitente, furent redécouverts et restaurés grâce à l’intervention de la municipalité.
L’architecture de la basilique se distingue par l’absence d’arcs-boutants, les voûtes hautes étant contrebutées par un déambulatoire surélevé et des contreforts massifs. Les absidioles, éclairées par des fenêtres étroites à embrasures évasées, sont décorées de colonnes surmontées d’arcs brisés. Les chapelles rayonnantes, unies sous un même comble, illustrent une maîtrise technique remarquable. Aujourd’hui, la basilique Saint-Paul-Serge reste un témoignage exceptionnel de l’art gothique méridional, mêlant héritages paléochrétien, roman et médiéval.