Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L’église Saint-Pierre d’Aulnay, située dans le nord-est de la Charente-Maritime, est édifiée entre 1120 et 1140 à l’initiative des chanoines de Poitiers. Elle s’élève sur un site antique, autrefois occupé par un temple païen gallo-romain puis par un sanctuaire chrétien. Son architecture mêle les influences romanes poitevines et saintongeaises, avec une décoration sculptée d’une richesse exceptionnelle, notamment sur ses portails et son chevet. L’édifice, classé parmi les premiers Monuments historiques français en 1840, devient une halte emblématique pour les pèlerins sur la Via Turonensis vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Au Moyen Âge, l’église bénéficie de sa position stratégique au carrefour de routes fréquentées, dont celle reliant Melle à Saintes, intégrée aux itinéraires jacquaires. Malgré les conflits entre Français et Anglo-Aquitains, elle reste préservée, subissant principalement des renforcements structurels au XVe siècle pour contrer les déséquilibres causés par l’ajout d’un étage et d’une flèche en pierre au clocher. Les guerres de Religion y laissent quelques traces d’iconoclasme, comme la destruction de têtes sculptées, tandis que les restaurations des XVIIIe et XIXe siècles (notamment sous l’évêque Martial-Louis de Beaupoil de Saint-Aulaire) modifient partiellement sa physionomie, comme la suppression de la flèche en pierre au profit d’une charpente plus légère.
La sculpture d’Aulnay, réalisée par trois ateliers successifs, illustre l’évolution artistique du XIIe siècle, passant de motifs géométriques et de petites figures soumises à l’architecture à des silhouettes humaines plus libres et expressives, annonçant l’art gothique. Le portail ouest, chef-d’œuvre du troisième atelier, déploie des scènes allégoriques (travaux des champs, combat des Vertus et des Vices, parabole des Vierges) dans un style narratif innovant. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998 pour son rôle dans les chemins de Compostelle, l’église incarne aussi un dialogue entre cultures orientales et occidentales, visible dans ses chapiteaux (éléphants, basilic) et ses influences antiques.
Le chevet, particulièrement remarquable, se pare de modillons et de fenêtres sculptées où se mêlent symboles religieux (pesée des âmes, Samson et le lion) et motifs géométriques. À l’intérieur, la nef et le transept abritent des chapiteaux historiés, comme la scène d’Adam et Ève ou le combat de saint Georges, tandis que la croisée du transept souligne la transition vers le sacré par un tétramorphe. Les dimensions équilibrées de l’édifice (45,30 m de longueur, nef de 6 m de large) et la qualité de son calcaire ont permis une conservation exceptionnelle, malgré des restaurations ponctuelles aux XIXe et XXe siècles.
L’enclos entourant l’église, ancien cimetière, révèle des traces d’une nécropole gallo-romaine, avec des stèles de légionnaires conservées au musée de Saintes. Une croix hosannière du XIVe siècle, ornée de statues d’apôtres, rappelle son statut d’étape jacquaire, tandis que des fouilles récentes ont mis au jour un temple celtique voisin. Ces découvertes soulignent la continuité cultuelle du site, des cultes païens à la christianisation, en passant par son rôle dans la vie médiévale locale, entre pèlerinage, pouvoir ecclésiastique (lié à Poitiers) et activités agricoles.
Enfin, le rayonnement artistique d’Aulnay s’étend bien au-delà de la Saintonge : son style influence des églises comme celles de Nuaillé-sur-Boutonne ou Argenton-les-Vallées, tandis que ses thèmes (zodiaque, Vertus et Vices) se diffusent dans plus de cinquante édifices entre Loire et Gironde. Protégée dès 1840, restaurée à plusieurs reprises (notamment par Paul Abadie au XIXe siècle), et inscrite à l’UNESCO en 1998, l’église Saint-Pierre reste un témoignage majeur de l’art roman occidental, où se croisent histoire locale, spiritualité et innovation sculpturale.