Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre d'Orthez, dans les Pyrénées-Atlantiques, dépend de la paroisse Saint-Pierre de Moncade - Orthez et du diocèse de Bayonne; elle a été inscrite aux monuments historiques le 31 mai 1939 puis classée le 23 mars 2012. Le chœur, de proportions modestes, se termine par un chevet semi-hexagonal et présente des éléments — profils de nervures, chapiteaux, bases de colonnes, clés de voûte et réseaux de fenêtres — caractéristiques de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle, signe d'une construction menée en plusieurs campagnes. Certains historiens attribuent la réalisation du chœur à la fin du XIIIe siècle sous Gaston VII de Béarn; selon Jacques Gardelles, les colonnettes rapprochent cependant cet ensemble d'ouvrages datés du début du XIVe siècle. Les bas-côtés se terminent au nord et au sud par des chapelles pouvant correspondre aux bras d'un transept primitif, et des traces d'ouvertures et de raccords montrent l'adaptation de parties anciennes et remaniées. Après l'édification du chœur, les arcs du côté de son entrée restèrent inachevés et la nef fut reprise avec des proportions plus importantes. La nef, de conception languedocienne, contraste avec le chœur d'inspiration septentrionale et présente une histoire constructive complexe : certaines parties paraissent antérieures au XIVe siècle tandis que d'autres résultent d'interventions ultérieures. Les colonnes d'appui ont été insérées dans des maçonneries plus anciennes; leurs bases, qui ne semblent pas postérieures à 1400, pourraient remonter à l'époque des colonnettes du chevet. Le mur nord de la première travée est oblique et porte des ouvertures aveugles rappelant une chapelle contiguë, ce qui suggère un raccord à des murs déjà existants; les parties hautes de ce mur ont dû être refaites lors de la réalisation des voûtes actuelles. La nef était initialement couverte de quatre voûtes d'ogives quadripartites reliées par une longue lierne centrale; les clés de voûte sculptées portent des thèmes qu'aux yeux de Jacques Gardelles on ne retrouve qu'à partir du début du XVe siècle. La clé figurant l'ancien pont à trois travées indique que la voûte a été réalisée avant l'ajout d'une quatrième arche au pont au XVIe siècle. Parmi les particularités, l'édifice n'a pas de collatéraux et sa voûte atteint 18 mètres à la clef, la hauteur la plus élevée du Béarn. La façade nord ne comporte que deux lucarnes étroites et hautes et montre des traces d'anciennes portes et d'amorces d'arcs témoignant de constructions adossées aujourd'hui disparues. Le clocher primitif, accolé à cette façade et aux remparts démolis, a disparu au début du XIXe siècle; une travée additionnelle a été ajoutée à l'ouest à l'époque contemporaine pour former l'entrée et recevoir une importante tribune pour l'orgue. Sous le porche et le clocher moderne, la porte ancienne du flanc sud est composée d'une série d'arcs brisés soutenus par des chapiteaux fleuris. La grande peinture du tympan à l'entrée du chœur est signée Bonnet et Vettiner (1912) et les verrières ont été fournies par le maître-verrier bordelais Gustave-Pierre Dagrant en 1909 et 1912. L'église a connu des événements marquants : en 1569 elle fut incendiée et confisquée par les troupes protestantes du comte de Montgommery, puis des voûtes ont pu être reconstruites vers 1600. À la fin du XIXe siècle, après plusieurs projets, l'architecte Henri d'Arnaudat fit réaliser des travaux de restauration et d'agrandissement exécutés de 1865 à 1867, avec un achèvement définitif en 1880; le décor XIXe de la nef a été supprimé en 1976 pour laisser la pierre apparente. L'église conserve une esquisse de Léon Bonnat destinée au Panthéon, offerte en 1924, deux statues en bois (sainte Anne et saint Jacques) et un orgue dont l'existence est attestée dès 1388. L'instrument actuel date de 1870 (Aristide Cavaillé-Coll, deux claviers, pédalier, 12 jeux), restauré en 1925, enrichi de cinq jeux par Maurice Puget en 1958 puis rétabli dans son état originel de Cavaillé-Coll en 1982 par Robert Chauvin.