Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L’église Saint-Pierre de Caen, située dans le bourg médiéval de la ville, est mentionnée dès le XIe siècle sous le nom d’atrium Sancti Petri. Selon la tradition, elle aurait été fondée au VIIe siècle par Saint Regnobert, évêque de Bayeux, avant d’être reconstruite au XIIe siècle. Son importance historique est attestée par son rôle dans les cérémonies publiques, comme le Te Deum célébré en 1593 pour l’abjuration d’Henri IV, mettant fin aux guerres de religion. L’édifice, fermé en 1793 pendant la Révolution, devient alors un Temple de la Raison avant d’être rendu au culte catholique en 1795.
La construction s’échelonne sur plusieurs siècles, mêlant styles gothique et Renaissance. Au XIVe siècle, le chœur, la tour (1308) et la façade ornée d’une immense rosace sont érigés, suivis du clocher gothique, surnommé « le roi des clochers de Normandie » pour son influence régionale. Le XVe siècle voit l’ajout de la nef et des bas-côtés dans un style flamboyant, tandis que l’abside Renaissance (débutée en 1521) contraste harmonieusement avec l’ensemble. La flèche, détruite en 1944 par un obus allié, est reconstruite en 1957, portant le clocher à 75 mètres.
L’église subit des restaurations majeures aux XIXe et XXIe siècles, notamment après les dégâts de la Seconde Guerre mondiale. En 1944, l’effondrement de sa flèche et l’incendie partiel de la toiture marquent un tournant dans son histoire. Les campagnes récentes (XXIe siècle) concernent la façade nord, le chevet, et le clocher, où trois cloches historiques — Anne (351 ans), Paul et Pierre (211 ans) — sont réinstallées en 2019. Une méridienne du XVIIIe siècle, redécouverte cette même année, témoigne de son riche patrimoine.
Classée monument historique dès 1840, Saint-Pierre illustre l’évolution architecturale normande, des origines médiévales à la Renaissance. Son orgue, installé en 1997 par Jean-François Dupont, remplace un instrument Cavaillé-Coll détruit en 1944. Avant la Révolution, la paroisse s’étendait sur le Bourg-le-Roi, le Vaugueux et l’île Saint-Jean, avec des cimetières transférés hors les murs en 1783–1785. Aujourd’hui, l’église reste un symbole du patrimoine caennais, alliant histoire, art et mémoire collective.