Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre de Chartres, initialement abbatiale bénédictine sous le nom de Saint-Père-en-Vallée, trouve ses origines au VIIe siècle, avec un accroissement de ses revenus attribué à la reine Bathilde. Détruite à plusieurs reprises par les Normands (858, 911), elle fut reconstruite vers 930 par l'évêque Aganon, qui y fut inhumé. Les incendies de 1077 et 1134 ravagèrent l'édifice, épargnant seulement la tour ouest, avant une reconstruction majeure au XIIe siècle, financée en partie par l'afflux de pèlerins après la découverte du tombeau de saint Gilduin en 1165. Les vitraux du chœur, posés vers 1190, et l'achèvement de l'édifice vers 1320 marquèrent cette période faste.
La Révolution transforma radicalement le site : le cloître disparut, l'église devint une fabrique de salpêtre, puis fut rendue au culte en 1803 sous le vocable actuel de Saint-Pierre. Au XIXe siècle, la chapelle axiale accueillit les célèbres émaux de Léonard Limosin (1547), commandés par François Ier pour Fontainebleau et offerts par Henri II à Diane de Poitiers, avant leur transfert au musée des Beaux-Arts de Chartres. Aujourd'hui, l'église conserve 46 vitraux classés (XIIIe-XIVe siècles), des peintures majeures comme Les Noces de Cana (Coypel, XVIIe siècle), et des éléments sculptés du jubé de François Marchand (1543).
Les bâtiments abbatiaux, reconstruits au XVIIIe siècle, abritent désormais le lycée Marceau. L'église, propriété communale, reste un lieu de culte actif et un haut lieu culturel, accueillant notamment des concerts dans le cadre du Festival d'orgues. Son mobilier, incluant des statues comme la Vierge de Bridan (XVIIIe siècle) et des plaques commémoratives d'évêques inhumés (Xe-XIIIe siècles), témoigne de son histoire mouvementée, entre destruction, reconstruction et réaffectations successives.
La découverte en 1165 du tombeau de saint Gilduin, mort en 1077 lors d'un pèlerinage, joua un rôle clé dans le financement de la reconstruction, attirant dons et pèlerins. Les vitraux des fenêtres hautes (1295-1305) et du triforium (1260-1300) illustrent l'apogée artistique de l'édifice, tandis que les baies 219, 223 et 227 révèlent une singularité : des apôtres aux visages identiques, suggérant l'usage d'un même patron. Les restaurations des XIXe et XXe siècles, comme celles des ateliers Lorin (baie 26), préservèrent ce patrimoine fragile.
L'abbaye, réservée aux bénédictins jusqu'à la Révolution, connut des vicissitudes architecturales : galerie nord du cloître reconstruite au XIIIe siècle, dortoir incendié en 1584 et rebâti en 1609, ou encore rénovations générales entre 1700 et 1709. Après 1789, les bâtiments devinrent caserne (caserne Rapp), lycée, muséum ou hôpital militaire. La plaque commémorative du XVIIe siècle rappelle que l'église servit de lieu d'inhumation à des évêques comme Fulbert (1028), figure majeure de l'école de Chartres.
Aujourd'hui, l'église Saint-Pierre, classée parmi les monuments historiques français, incarne la synthèse entre héritage médiéval et réutilisations modernes. Ses 28 fenêtres hautes, ses 17 baies du triforium, et ses cinq éléments du jubé (en cours de restauration) en font un joyau de l'art sacré. Le site, ouvert au public, perpétue sa vocation culturelle et spirituelle, tout en préservant la mémoire de ses métamorphoses, des fondations mérovingiennes à son rôle contemporain dans la vie chartraine.