Frise chronologique
Ve-VIIe siècles
Origines mérovingiennes
Origines mérovingiennes
Ve-VIIe siècles (≈ 750)
Cimetière et église présumés dès 442.
XIe siècle
Deux églises à Coloniacus
Deux églises à Coloniacus
XIe siècle (≈ 1150)
Fondation sous l’abbaye de Nouaillé.
1175
Siège d’un archiprêtré
Siège d’un archiprêtré
1175 (≈ 1175)
Premier archiprêtre attesté, Willelmus.
1357
Destruction par les Anglais
Destruction par les Anglais
1357 (≈ 1357)
Chœur et clocher effondrés pendant la guerre.
1507
Reconstruction gothique
Reconstruction gothique
1507 (≈ 1507)
Chœur refait par Jacques Jousserand.
1987
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1987 (≈ 1987)
Inscription par arrêté ministériel.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise Saint-Pierre (cad. AB 27) : inscription par arrêté du 6 mars 1987
Personnages clés
| Willelmus - Premier archiprêtre |
Cité en 1175 comme responsable religieux. |
| Jean Jousserand - Seigneur de Tassay |
Finança la reconstruction post-guerre de Cent Ans. |
| Jacques Jousserand - Seigneur et fondateur |
Reconstruit le chœur en 1507, armes sculptées. |
| Jean-Baptiste Perlat - Architecte du XIXe siècle |
Dirigea l’embellissement intérieur de l’église. |
| Georges Chapeau - Curé de Chaunay (1918-1946) |
Historien local de la paroisse. |
Origine et histoire
L’église Saint-Pierre de Chaunay, située dans le département de la Vienne, trouve ses origines dans une occupation religieuse ancienne, remontant peut-être à l’époque mérovingienne. Des sépultures et sarcophages découverts autour de l’édifice suggèrent l’existence d’un cimetière mérovingien dès le Ve siècle, et des sources évoquent un centre religieux actif dès 442. Au XIe siècle, deux églises dédiées à Saint-Pierre coexistaient sur le domaine de Coloniacus (Chaunay-Caunay), l’une sur chaque rive, sous l’autorité de l’abbaye de Nouaillé. L’église de Chaunay, placée au cœur du domaine et près d’une voie romaine reliant Rom à Périgueux, fut probablement la première construite. Elle devint le siège d’un archiprêtré avant 1175, confirmant son importance religieuse et stratégique.
La construction de l’église romane actuelle débuta entre la fin du XIe et le XIIe siècle, comme en témoignent les caractéristiques architecturales de la nef et des pilastres supportant le clocher. De forme latine, elle comprenait initialement une nef, un transept, une abside, et une tour légèrement rectangulaire à la croisée. Cependant, les guerres du XIVe siècle, notamment la guerre de Cent Ans (1337-1453), causèrent d’importants dégâts : le chœur, les voûtes et le clocher s’effondrèrent en 1357 sous les assauts anglais. Les habitants se réfugièrent dans un souterrain adjacent, tandis que les offices furent temporairement transférés à la chapelle du château de Tassay. La reconstruction débuta vers 1490, impulsée par la famille Jousserand, seigneurs locaux.
Au début du XVIe siècle, Jacques Jousserand, seigneur de Tassay, financa d’ambitieux travaux de restauration et d’agrandissement. Le chœur fut reconstruit en style gothique flamboyant vers 1507, orné des armes familiales (d’azur à l’aigle d’or), tandis que la nef romane fut conservée. Une chapelle Notre-Dame, objet de litiges avec les seigneurs de Cerné, fut ajoutée au nord. Les contreforts furent renforcés au XVIIIe siècle, et des restaurations majeures eurent lieu aux XIXe et XXIe siècles, dont l’inscription aux Monuments Historiques en 1987. L’église mêle aujourd’hui des éléments romans (nef, portail à modillons) et gothiques (chœur, chapelles), reflétant son évolution architecturale et son rôle central dans la communauté.
L’édifice fut également le théâtre de conflits ecclésiastiques, comme la dispute entre l’abbaye de Nouaillé et l’évêque de Poitiers pour le droit de nomination du curé, tranchée en 1319 en faveur de l’abbaye. Les seigneurs locaux, dont les familles Jousserand, Aubanneau et Jay, jouèrent un rôle clé dans sa gestion et son embellissement, comme en témoignent les armes sculptées et les testaments conservés. Au XIXe siècle, l’architecte Jean-Baptiste Perlat mena des projets d’embellissement intérieur, tandis qu’en 2009, une campagne de restauration sauva la toiture, le clocher et les façades, avec le soutien de la Fondation du Patrimoine.
La structure actuelle de l’église révèle son histoire complexe : une nef romane à deux travées voûtées en berceau, un chœur du XVIe siècle à trois travées voûtées d’ogives, et un clocher polygonal central. Le portail ouest, surmonté d’une corniche à modillons historiés, et les chapelles latérales (dont celle de Notre-Dame, voûtée en ogive) illustrent les ajouts gothiques. Les vitraux, les contreforts renforcés et les cloches du XIXe siècle (fondues par Georges Bollée) complètent ce patrimoine, symbole de la résilience d’une communauté face aux guerres et aux transformations architecturales.