Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
La collégiale Saint-Pierre de Chauvigny, située dans le département de la Vienne, est une ancienne église romane dont l'origine exacte reste mal connue. Son existence est attestée dès le premier quart du XIe siècle, avec un chapitre de 10 chanoines, suggérant un premier édifice antérieur. L'église actuelle fut construite dans la première moitié du XIIe siècle, en commençant par le chœur, tandis que le clocher fut élevé au début du XIIIe siècle. Elle devint le siège d'un archiprêtré sous l'Ancien Régime, puis fut abandonnée pendant la Révolution avant d'être rendue au culte en 1804.
L'édifice, gravement endommagé pendant les guerres de Religion (1569) et la Fronde (1652), a subi plusieurs campagnes de restauration au XIXe siècle. Classée monument historique en 1846, l'église est réputée pour ses chapiteaux sculptés, notamment ceux du chœur, qui mêlent scènes bibliques et représentations fantastiques. Parmi eux, le chapiteau IV porte la rare signature Gofridus me fecit, attestant du travail d'un sculpteur médiéval. L'architecture combine des influences romanes poitevines et limousines, avec un chevet richement décoré et un clocher carré à trois niveaux.
Le mobilier inclut des gisants de chanoines du XVe siècle, des vierges à l'Enfant du XVIIe siècle, et un tabernacle en bois doré. L'église, ouverte au public, a accueilli 85 000 visiteurs en 2003. Son plan, avec déambulatoire et chapelles rayonnantes, est rare dans la région. Les sculptures, comme les aigles, lions, et figures démoniaques, reflètent une iconographie médiévale complexe, mêlant symboles religieux et allégories morales.
Les chapiteaux les plus célèbres, comme celui du danseur (chapiteau VI), illustrent des thèmes métaphysiques tels que la dualité de l'âme humaine. D'autres, comme le chapiteau VIII, représentent Satan et ses démons, symbolisant les forces du mal. Ces œuvres, bien que moins raffinées que celles des maîtres toulousains, témoignent d'une expressivité naïve et puissante, caractéristique de l'art roman provincial.
L'église Saint-Pierre, avec sa nef à cinq travées, son transept saillant et sa coupole octogonale, incarne l'évolution architecturale entre roman et gothique. Les polychromies intérieures, ajoutées en 1856, et les restaurations successives ont préservé ce patrimoine, tout en altérant partiellement son aspect originel. Aujourd'hui, elle reste un témoignage majeur de l'art religieux médiéval en Poitou.