Origine et histoire
L’église Saint-Pierre de Genainville, située dans le Val-d’Oise, est un édifice remarquable à double nef, combinant des éléments gothiques du XIIIe siècle et des ajouts Renaissance du XVIe siècle. Son chœur-halle, unique dans le Vexin français, date des années 1250-1260 et illustre l’influence du style gothique rayonnant, tandis que sa façade symétrique, attribuée à l’architecte Jean Grappin, reflète les canons esthétiques de la Renaissance française. L’église conserve également des vestiges d’une église romane antérieure, notamment des chapiteaux du début du XIIIe siècle réutilisés dans la structure actuelle.
La construction de l’église s’est déroulée en trois campagnes majeures : le chœur-halle au XIIIe siècle, la base du clocher et une travée adjacente remaniées à la période flamboyante (début XVIe siècle), et enfin la double nef avec sa façade Renaissance, achevée entre 1243 et 1551. Le clocher, reconstruit au XVIe siècle sur des bases médiévales, domine l’édifice, tandis que des éléments décoratifs comme les clés de voûte sculptées et les vitraux fragmentaires témoignent de l’artisanat local. L’église était historiquement liée au prieuré voisin, fondé par l’abbaye de Jumièges, qui joua un rôle central dans la vie spirituelle et foncière de Genainville jusqu’à la Révolution.
Classée monument historique en 1920, l’église Saint-Pierre abrite un mobilier exceptionnel, dont une croix de cimetière Renaissance du XVIe siècle, des statues en bois polychrome (comme celle de sainte Catherine, classée en 1912), et un labyrinthe gravé sur une dalle du XIIIe ou XIVe siècle, unique en son genre dans la région. Les fresques du chœur, peintes par l’abbé Dheilly au XIXe siècle, bien que critiquées pour leur esthétique, offrent un témoignage rare des pratiques artistiques locales. L’édifice, aujourd’hui affilié au secteur pastoral du Vexin ouest, reste un lieu de culte occasionnel, préservant une mémoire à la fois religieuse et communautaire.
Le prieuré adjacent, dont les vestiges (portail roman, escalier, fenêtres géminées) sont inscrits depuis 1926, illustre les liens étroits entre l’église et les institutions monastiques. La vie paroissiale, marquée par des traditions comme la fête patronale de la Saint-Pierre ou les Rogations, reflète une communauté rurale ancrée dans des pratiques à la fois religieuses et folkloriques. Au XIXe siècle, l’abbé Dheilly, curé et artiste amateur, a laissé des œuvres peintes et sculptées dans l’église, tandis que les archives révèlent les défis sociaux de l’époque, comme l’alcoolisme et le déclin de la pratique religieuse.
L’architecture de l’église, avec ses deux nefs parallèles et son chœur carré, répondait peut-être à une séparation symbolique entre les moines du prieuré et les paroissiens. Cette hypothèse, bien que contestée par certains historiens comme Roland Vasseur, souligne l’originalité du plan de l’édifice dans le contexte régional. Les restaurations successives, notamment au XXe siècle, ont permis de préserver des éléments uniques, comme les vitraux du XVIe siècle ou les clés de voûte Renaissance, tout en effaçant partiellement des décors médiévaux, comme les arcatures du chœur.
Aujourd’hui, l’église Saint-Pierre, bien que moins fréquentée, reste un symbole du patrimoine vexinois. Son histoire, marquée par des transformations architecturales et des adaptations liturgiques, reflète les évolutions sociales et religieuses de la région, depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine. Son classement et sa conservation continuent de susciter l’intérêt des historiens et des visiteurs, attirés par son mélange de styles et son rôle dans l’histoire locale.