Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre de La Sauve
L'église Saint-Pierre, église catholique de La Sauve (Gironde), est dressée au faîte d'une colline à environ 500 mètres à l'ouest de l'abbaye de La Sauve-Majeure, rue de l'église, et se présente comme une façade tournée vers le village et le monastère. Fondée en 1083, elle a été reconstruite à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle dans un langage gothique qui conserve quelques emprunts au roman, notamment des modillons figurés. La paroisse de La Sauve était autrefois divisée en deux, Saint-Jean et Saint-Pierre, l'église Saint-Jean ayant été détruite vers 1690. L'édifice primitif comportait une nef rectangulaire à chevet plat percé d'un triplet de longues baies ; il a été agrandi au XVIe siècle par l'adjonction d'un bas-côté nord et la sacristie date du XVIIe siècle. Les quatre travées de l'église originelle et les trois travées de la nef latérale sont voûtées d'arêtes et l'intérieur est largement décoré de peintures des XIIIe et XVIe siècles, reprises au XIXe siècle. La façade occidentale est dépourvue d'ornement tandis que la face sud est percée de baies géminées ; le portail, dans la première travée, s'ouvre sous une triple archivolte surmontée d'une statue de saint Pierre. Le chevet, très visible depuis l'abbaye et encadré par de puissants contreforts, est traité comme une façade décorée et abrite, de part et d'autre du triplet, des statues en ronde-bosse de grande taille représentant notamment saint Pierre, une Vierge en majesté, saint Jacques le Majeur en pèlerin et saint Michel terrassant un dragon. Entre l'oculus et le triplet court une corniche soutenue par neuf modillons dont sept figurés, et un autre dispositif de modillons, de facture comparable à ceux de l'abbaye, court sur le mur sud de la nef ; ces sculptures témoignent d'une persistance de modèles romans au sein d'un registre gothique. Au-dessus de la porte d'entrée une petite corniche repose sur six modillons et une niche cantonnée de colonnettes abrite une statue de saint Pierre du milieu du XIIIe siècle qui dissimule un oculus peut‑être hérité de la première église. Sur la corniche figurent les armoiries du Père Abbé de Castellan, qui fit bâtir la sacristie et dont les armes sont devenues celles de la commune. Une autre niche plus rustique, presque au sommet d'un contrefort, contient une statuette de facture romane ou de remploi dont l'identification demeure incertaine ; une hypothèse proposée est celle d'un saint Gérald. À l'intérieur, outre la peinture murale qui couvre murs, voûtes, piliers et clés, on trouve un chapiteau de la fin du XIe siècle, provenant de l'abbaye, réutilisé comme bénitier, ainsi que des fonts baptismaux en marbre placés près du mur nord sous le vitrail représentant saint Gérard. Le tombeau de saint Gérard, dont les reliques furent transférées de l'abbaye vers l'église en 1859, avait été fragmenté et dispersé ; les morceaux furent réunis et enchâssés dans un autel édifié dans la paroisse, inauguré en 1890, la châsse renfermant les reliques et la dalle funéraire présentant un gisant d'abbé du XIIIe siècle, l'ensemble étant classé aux Monuments historiques en 1903. L'autel de la Vierge, en noyer massif, est un mobilier du XVIIe siècle décoré d'angelots et de colonnes sculptées, et son retable a été classé au titre des objets en 1991. Les peintures murales, conçues comme une "Bible des pauvres", couvrent des sujets bibliques et la vie des saints ; la crucifixion de la fin du XVIe siècle qui orne le mur occidental a été restaurée en 1995, tandis que certaines œuvres peintes, comme le Calvaire et saint Michel, sont protégées au titre des objets depuis 1908. Une image du mur sud autrefois identifiée comme saint Martin a été interprétée comme un remaniement du XIXe siècle dissimulant peut‑être une représentation ancienne de saint Jacques le Matamore, en lien avec la place de l'église sur un chemin de pèlerinage vers Compostelle. La plupart des vitraux datent du XIXe siècle ; le vitrail central du triplet, représentant saint Pierre, date du XVIe siècle (1534) et est classé comme objet aux Monuments historiques depuis 1903 ; d'autres verrières illustrent saint Gérard, saint Joseph, sainte Catherine, sainte Jeanne de France, sainte Germaine de Pibrac et, au-dessus de l'autel de la Vierge, l'Annonciation. Depuis 2020 l'église abrite également l'orgue de salon commandé par Charles Gounod à Aristide Cavaillé‑Coll ; cet instrument, classé aux Monuments historiques en 2009, a été donné à la commune en 2016, restauré et inauguré en 2021, et se trouve dans le collatéral près de l'autel de la Vierge. Le cimetière triangulaire conserve, à chacun de ses angles, une croix des XVe ou XVIe siècles, la plus richement ornée étant celle du nord‑ouest dont le fût porte la date 1500 et une inscription LHOSTE FECIT 1780. L'église Saint-Pierre est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 5 août 1920.