Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre de Lachapelle, située dans le département de Tarn-et-Garonne, est intégrée à l'enceinte du château. Bâtie à la fin du XVe siècle, elle est caractérisée par un portail nord flamboyant à tores évidés qui en signale la datation. Elle a pu servir à la fois de chapelle castrale et d'église paroissiale. L'édifice présente une nef unique et un chevet plat; l'intérieur a été refait en 1776. Le décor intérieur comprend des lambris en bois doré sur fond blanc, des tableaux et des encadrements de fenêtres de style rococo, assez rare dans le sud‑ouest. La date de 1879 correspond à des travaux de dorure et de peinture laquée. Le clocher a été reconstruit en 1816; des inscriptions signalent une dorure en 1861.
Un château érigé sur le rocher au XIIe siècle subsiste encore autour de l'église et conserve le donjon d'origine dont la hauteur a été réduite de moitié au XIXe siècle. Le château aurait dépendu de la commanderie templière de Nomdieu, fondée à la suite du don de Gaston V de Béarn et de Gilia de Beauville à l'ordre du Temple vers 1154. À la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle, la chapelle du château, réservée aux Templiers, a été édifiée; la condamnation de l'ordre en 1312 a entraîné le transfert de ses biens. En 1306, le château appartenait aux vicomtes de Lomagne et d'Auvillars de la maison d'Armagnac, et il a ensuite connu une succession de seigneurs dont les Talleyrand, les Goth, Orchus de Caumont, Pélage de Montlezun, le Viguier de Galard, les Lanusse, les Gout et les Fourquevaux; un acte de 1491 indique aussi la propriété des Grossoles jusqu'en 1730. L'analyse de la structure montre de multiples transformations dont les phases anciennes restent difficiles à dater. En 1772, Lachapelle dépendait de trois coseigneurs : Fourquevaux, Belloc de Labrousse et Thomas Laclaverie. Le château et la chapelle furent vendus comme biens nationaux à la Révolution; en 1848 le château appartenait à Bernard Maguelonne, dont la famille conserva la propriété jusqu'en 1993.
Le village primitif était situé au lieu‑dit Sant‑Alari ou Saint‑Hilaire et sa paroisse dédiée à saint Hilaire fut en grande partie détruite pendant la guerre de Cent Ans, puis achevée lors des guerres de religion, ce qui entraîna le transfert des habitations autour du château au XVe siècle. L'église Saint‑Pierre a probablement été reconstruite ou transformée dans la seconde moitié du XVe siècle pour remplir la fonction paroissiale. La façade nord, réalisée dans le même appareil que le rempart est du village, porte un portail gothique qui remonte au début du XVe siècle et serait contemporain de la transformation de la chapelle castrale en église paroissiale. La façade sud semble avoir été remaniée au XVIIe siècle, peut‑être en lien avec une décision du parlement de Toulouse du 19 décembre 1608 ordonnant la réfection des églises; ce mur a été reconstruit en appareil mixte de briques et de pierres de récupération et deux baies y ont été ouvertes au XVIIIe siècle en vis‑à‑vis de celles du nord. La façade ouest correspond à un clocher‑mur de 1,40 m d'épaisseur, contrebuté par trois contreforts visibles dans les combles du château; une porte au premier étage des tribunes permettait d'accéder au château et, à l'origine, le clocher comportait cinq arcades; la foudre a détruit l'une d'elles en 1812 et quatre cloches furent placées dans les baies campanaires, une cinquième étant installée au sommet au XIXe siècle. Le chevet, qui donne sur la cour du château, paraît n'avoir pas été profondément modifié, si ce n'est l'obturation probable de deux ouvertures au XVIIIe siècle lors de l'aménagement de la décoration intérieure; ce mur pourrait remonter au XIIe siècle. L'église, rendue au culte après le Concordat de 1801, a fait l'objet de restaurations en 1861, 1879, 1989 et 1991, cette dernière campagne ayant restitué le plafond d'origine; l'édifice est classé au titre des monuments historiques depuis le 7 avril 1975. Une statue de la Vierge à l'Enfant est répertoriée dans la base Palissy.
En 1761, les frères Goulard, Jean‑Baptiste, curé de 1746 à 1787, et son frère Jean, vicaire à partir de 1754, financèrent le nouveau décor de l'église grâce à un important héritage paternel; le maître‑autel porte la date de 1762 qui marque le début des travaux et des cartouches indiquent la conclusion des travaux en 1776 ainsi que les noms des commanditaires et des artisans : les frères J.B. et J. Goulard pour les commanditaires et B. Maraignon, D. Champaigne et M. Abadie pour les artisans et le doreur. Les deux frères seraient originaires de Lectoure selon la tradition, éventuellement de Pessoulens, et les archives signalent des éléments de leur généalogie et de leurs libéralités, notamment une rente annuelle destinée aux jeunes filles pauvres et aux nécessiteux de la paroisse. Le menuisier est nommé Bertrand Maraignon dit Champaigne et le doreur M. Abadie, noms retrouvés dans des documents d'époque. La décoration, réalisée entre 1762 et 1776, est de style rocaille ou rococo, avec courbes et contre‑courbes, rappelant les décors d'églises romaines et contrastant avec le néoclassicisme qui s'impose à partir de 1760; ce choix stylistique tient peut‑être à l'histoire personnelle du curé Jean‑Baptiste Goulard, ordonné à Rome. L'ensemble décoratif, resté globalement inchangé, se distingue par des tribunes à deux niveaux conçues pour accueillir des paroissiens plutôt qu'un orgue, vraisemblablement pour répondre à la densité d'une communauté qui comptait plus de 500 âmes; ces tribunes évoquent celles du Béarn et du Pays basque et donnent à l'intérieur une impression théâtrale, conforme aux pratiques de la Contre‑Réforme et aux usages pédagogiques des Jésuites. Après la Révolution, les sept tableaux détruits furent refaits grâce aux dons des habitants et représentent saint Thomas d'Aquin, saint Hilaire, saint Jean l'Évangéliste, la Crucifixion, l'Assomption de la Vierge et l'Ange gardien. Des inscriptions indiquent des restaurations du décor en 1861 par le doreur D. A. Canoni et en 1879 par Laforgue, qui exécuta le plafond, avec des peintures réalisées par O. Robert; le plafond du XVIIIe siècle a été restitué en 1991.