Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre de Lanuéjols, située dans le département de la Lozère en Occitanie, est un remarquable exemple d'architecture romane du XIIe siècle, partiellement remaniée au XIVe siècle. Classée monument historique en 1929, elle se distingue par sa construction en tuf, une roche volcanique locale, et son plan en croix latine. Son chœur, son transept et ses absidioles polygonales datent du XIIe siècle, tandis que deux chapelles latérales, ajoutées au XIVe siècle, forment aujourd’hui un faux collatéral. Ces chapelles furent fondées par des seigneurs locaux : l’une en 1319 par Bertrand d’Auriac, seigneur de Vareilles, et l’autre en 1339 par le baron de Tournel, dont le blason orne encore un enfeu.
Épargnée par les guerres de Religion, l’église a conservé son intégrité structurelle, à l’exception du clocher octogonal détruit pendant la Révolution française et remplacé par un clocher-mur. La coupole sur trompes, percée d’un oculus, domine la croisée du transept, tandis que l’abside polygonale, ornée d’arcatures intérieures et extérieures, illustre le savoir-faire roman. Les modillons et chapiteaux sculptés, ainsi que la corniche saillante sur corbelets, témoignent d’un décor soigné. À l’intérieur, un fragment de retable du XVIIe siècle, représentant Dieu le Père en bas-relief, pourrait provenir de l’ancienne chapelle castrale du Boy, liée à la baronnie du Tournel.
L’église dépendait initialement du prieuré de Saint-Chaffre du Monastier-en-Velay et ne devint siège paroissial qu’en 1528. La nef, voûtée en berceau plein-cintre, communique avec les chapelles sud par des arcades en arc brisé, percées au XIVe siècle au détriment des colonnes romanes d’origine. Le presbytère adjacent, peut-être des XVIIe–XVIIIe siècles, abrite aujourd’hui la mairie. Extérieurement, un escalier mène au clocher moderne, tandis que le soubassement en grès et les chaînes d’angles en tuf révèlent les techniques de construction médiévales. Le mobilier, quasi absent, laisse place à une architecture épurée, où la pierre volcanique et le calcaire jaune dialoguent.
Le site conserve également des traces de son histoire institutionnelle : fondé comme prieuré simple, il fut associé à la seigneurie du Tournel, dont les armes subsistent sur l’enfeu de la chapelle Saint-Georges. Les transformations du XIVe siècle, comme le voûtement de la nef ou l’ajout des chapelles, reflètent l’influence des familles nobles locales. Malgré la destruction révolutionnaire du clocher et les repeints du retable, l’édifice offre un témoignage rare de l’art roman lozérien, enrichi d’éléments gothiques tardifs. Son classement en 1929 souligne sa valeur patrimoniale, tant architecturale qu’historique.