Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre de Larnas, située dans le département de l'Ardèche, est un édifice roman des XIe et XIIe siècles, classé Monument Historique depuis 1907. Elle se distingue par sa qualité architecturale, avec des lignes pures et des matériaux soigneusement taillés. Dédiée à saint Pierre, elle aurait été construite par les moines bénédictins de Cruas, chargés de l'administration religieuse du plateau. Des traces d'un premier édifice carolingien, comme des pierres sculptées, ainsi que la mention d'un curé dès 950, suggèrent une origine plus ancienne. La signature de l'architecte Stefanus, datée du IXe siècle, est gravée à l'intérieur, renforçant cette hypothèse.
Pendant les guerres de Religion, l'église pourrait avoir subi des dommages, comme en témoigne la reconstruction partielle d'une abside en pierres irrégulières. Après cette période troublée, la paroisse, privée de pasteur, fut rétablie en 1598 avec la nomination de l’abbé Lescombes, qui y officia pendant 61 ans. Au XIXe siècle, des projets de démolition pour reconstruire l'église plus près du presbytère furent envisagés, mais abandonnés grâce à l'intervention d'un séminariste, Canaud, attachée à ce patrimoine. En 1907, le maire Robert de Lisleroy obtint son classement, la plaçant sous la protection de l'État.
L'architecture de l'église révèle un plan cruciforme avec un transept marqué et trois absides basses. La croisée du transept, surmontée d'une coupole sur trompes, est un élément remarquable, inspiré de celle de Bourg-Saint-Andéol. La nef, voûtée en berceau, comporte deux travées séparées par un arc retombant sur des pilastres. À l'intérieur, des signatures de maçons-tailleurs de pierre, comme celles de Regnerus, Stefanus et Sianoa, sont gravées sur un pilier, attestant de leur participation à la construction. Le décor sculpté, sobre, inclut des motifs géométriques et un nœud d'entrelacs carolingien réemployé.
La toiture, initialement en lauzes calcaires, fut remplacée au XIXe siècle par des tuiles rondes en raison de son état de dégradation, avant d'être restaurée en lauzes volcaniques en 1936, puis en lauzes calcaires en 2007. La façade ouest, reconstruite avec des éléments romans, pourrait correspondre à une travée disparue, comme le suggèrent des pierres d'attente et des traces d'arrachement. Le cimetière, autrefois situé autour de l'église, abritait des tombes anciennes jusqu'en 1855, date à laquelle il fut déplacé.
L'église Saint-Pierre est également marquée par des anecdotes locales, comme la légende du « sang de pierre », déformation du nom « serre de pierre » due à une erreur cadastrale. Malgré les vicissitudes de l'histoire, elle reste un témoignage précieux de l'art roman en Vivarais, protégé et valorisé pour les générations futures.