Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre de Lémenc
L’église Saint-Pierre de Lémenc, située à Chambéry en Savoie, est bâtie sur les vestiges d’un temple romain dédié à Mercure, possiblement dès le VIe siècle. Elle serait ainsi la plus ancienne église de la ville et l’une des plus anciennes de Savoie. Fondée par les Bénédictins de l’abbaye d’Ainay au XIe siècle, elle conserve des éléments romans, tandis que sa reconstruction au début du XVIe siècle lui ajoute une architecture gothique « rurale flamboyante ». Son clocheton Renaissance (1553) et ses vitraux du XIXe siècle, signés Lucien Bégule, illustrent ses multiples transformations.
La crypte, classée monument historique depuis 1900, est l’un des vestiges les plus anciens de la chrétienté savoyarde. Longue de 25 mètres, elle se compose d’une rotonde à six colonnes (IXe–XIe siècle), dont l’usage reste incertain (baptistère carolingien ou reliquaire monumental ?), d’une section romane à trois nefs, et d’une abside gothique abritant une mise au tombeau polychrome du XVe siècle. Les peintures murales de la Renaissance, attribuées à Jean Baudichon (1510), et les sibylles ornées de banderoles y ajoutent une dimension artistique exceptionnelle.
L’église, initialement prieurale, perd sa primauté au XVe siècle avec la construction de la Sainte-Chapelle du château de Chambéry. Après un incendie en 1445, elle est reconstruite entre 1490 et 1513, puis modifiée aux XVIIIe et XIXe siècles. Son histoire est marquée par des changements de communautés religieuses : Bénédictins, Feuillants (XVIe siècle), puis Visitandines (à partir de 1618). Le couvent adjacent, aujourd’hui transformé en logements, fut endommagé lors du bombardement de 1944, qui détruisit la chapelle des Visitandines.
Le cimetière de Lémenc, le plus ancien de Chambéry, révèle des traces gallo-romaines et mérovingiennes, dont un sarcophage à croix archiépiscopale. Jusque au XIVe siècle, il détenait le monopole des inhumations locales. On y trouve encore des tombes de personnalités, comme celle de Madame de Warens (1699–1762), amie de Jean-Jacques Rousseau, ou la sépulture du général de Boigne (1751–1830), bienfaiteur de la ville, située dans l’église. Le cimetière, fermé aux concessions depuis 1900, a partiellement disparu dans les années 1950 pour laisser place à un parc public.
Accolée à l’église, la colline de Lémenc abrite un ensemble religieux incluant le couvent de la Visitation (aujourd’hui réhabilité en logements), le Carmel, et la chapelle du Calvaire. Le quartier environnant, marqué par des villas de la Belle Époque et des jardins partagés (depuis 2015), témoigne de l’évolution urbaine de Chambéry. L’église, toujours en activité, accueille des offices hebdomadaires, bien que sa crypte, fragilisée, soit fermée au public depuis 2013.
Les protections au titre des monuments historiques concernent la crypte et le sépulcre (classés en 1900), ainsi que le reste de l’édifice (inscrit en 1966). Ces distinctions soulignent son importance patrimoniale, mêlant héritage antique, médiéval et moderne, tout en posant des défis de conservation, comme en attestent les alertes récurrentes sur l’état de la crypte depuis les années 2010.