Frise chronologique
1509–1516
Construction de l'église
Construction de l'église
1509–1516 (≈ 1513)
Sous patronage d’Isabeau d’Ailly et Jean III de Mailly
1636
Destructions espagnoles
Destructions espagnoles
1636 (≈ 1636)
Pendant la guerre de Trente Ans
XVIIe–XIXe siècles
Restaurations successives
Restaurations successives
XVIIe–XIXe siècles (≈ 1865)
Travaux post-conflits et conservation par Caudron
1901
Classement monument historique
Classement monument historique
1901 (≈ 1901)
Protection officielle de l’édifice et du portail
1916
Dégâts pendant la Grande Guerre
Dégâts pendant la Grande Guerre
1916 (≈ 1916)
Bombardements durant la Bataille de la Somme
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Portail : classement par arrêté du 22 mai 1900, rectifié par arrêté du 19 juillet 1901
Personnages clés
| Isabeau d’Ailly - Commanditaire de l’église |
Petite-fille de Philippe le Bon, épouse de Jean III de Mailly |
| Antoine Morel - Sculpteur du portail |
Auteur du tympan et des statues en 1510 |
| Théophile Caudron - Architecte restaurateur |
Intervient au XIXe siècle pour la conservation |
| Jean Ducrot - Serrurier d’art |
Auteur de la grille du chœur (XVIIIe siècle) |
| Jacques-Firmin Vimeux - Sculpteur attribué |
Statues du maître-autel (fin XVIIIe siècle) |
Origine et histoire
L'église Saint-Pierre de Mailly-Maillet, aussi appelée Saint-Antoine, est une église catholique située dans le village du même nom, en Picardie (aujourd’hui région Hauts-de-France). Elle se distingue comme l’une des églises rurales les plus richement décorées de l’ancienne région administrative, avec une façade classée parmi les plus remarquables de Picardie. Son histoire reflète les bouleversements politiques et guerriers qui ont marqué la région, depuis sa construction jusqu’à ses multiples restaurations.
L’édifice fut construit entre 1509 et 1516 sous le patronage d’Isabeau d’Ailly, petite-fille naturelle de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et épouse de Jean III de Mailly. Ce projet ambitieux s’inscrivait dans le contexte des reconstructions post-médiévales, mêlant influences gothiques flamboyantes et renaissantes. Le portail, chef-d’œuvre sculpté par Antoine Morel en 1510, illustre cette transition stylistique avec ses scènes bibliques et ses statues de saints, dont un Christ de pitié entouré d’une cour céleste et de donateurs.
L’église subit des destructions lors de l’invasion espagnole de 1636, durant la guerre de Trente Ans, puis fut restaurée aux XVIIe et XVIIIe siècles. Au XIXe siècle, l’architecte Théophile Caudron mena d’importants travaux de conservation. Classée monument historique en 1901, elle fut à nouveau endommagée en 1916 pendant la Première Guerre mondiale, avant d’être restaurée dans l’entre-deux-guerres. Ces événements témoignent de sa vulnérabilité dans une région frontalière souvent ravagée par les conflits.
La façade ouest, considérée comme un chef-d’œuvre, présente un tympan sculpté retraçant la vie des premiers hommes (chute d’Adam et Ève, meurtre d’Abel, Tour de Babel) et un monument funéraire dédié à Isabeau de Tilly, épouse de Jean de Mailly. À l’intérieur, onze scènes de la Passion ornent le revers de la façade, tandis que le mobilier liturgique (retables, stalles, grilles en fer forgé) date majoritairement des XVIIIe et XIXe siècles. Parmi les pièces remarquables, on compte une statue du Christ aux liens (XVIe siècle) et une chaire de 1757 sculptée par Doucet.
L’église abrite également des œuvres classées au titre des objets monuments historiques, comme des lambris du XVIIe siècle, des autels latéraux dédiés à la Vierge et à saint Nicolas (fin XVIIIe siècle, attribués aux menuisiers Boucher), ou une grille du chœur en fer noir et or réalisée par le serrurier Jean Ducrot. Ces éléments illustrent l’évolution des goûts artistiques et des techniques artisanales entre Renaissance et époque moderne.
Aujourd’hui, l’église Saint-Pierre de Mailly-Maillet reste un témoignage exceptionnel du mécénat seigneurial en Picardie, ainsi que des savoir-faire locaux en sculpture, menuiserie et ferronnerie. Son classement précoce (1901) et ses restaurations successives soulignent son importance patrimoniale, à la croisée de l’histoire religieuse, militaire et artistique de la région.