Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'abbaye Saint-Pierre de Moissac, fondée au VIIe siècle, est un monument emblématique du Sud-Ouest de la France. Selon une légende locale, elle aurait été fondée par Clovis après une victoire sur les Wisigoths en 506, mais les traces archéologiques suggèrent plutôt une fondation mérovingienne sous l’impulsion de l’évêque Didier de Cahors (630–655). Les premières constructions, sur pilotis en raison d’un marais, furent souvent pillées lors des invasions omeyyades (719–721), vikings (IXe siècle) et hongroises (Xe siècle).
L’abbaye connut un essor majeur après son rattachement à Cluny en 1047, sous l’impulsion de l’abbé Durand de Bredon (1048–1072). Ce dernier entreprit une reconstruction complète, incluant une nouvelle église consacrée en 1063. Le XIIe siècle marqua l’apogée de Moissac, avec la construction du cloître (achevé en 1100) et du célèbre tympan roman du portail sud (1110–1130), inspiré de l’Apocalypse de Jean. Le cloître, avec ses 76 chapiteaux dont 46 historiés, illustre des scènes bibliques et hagiographiques, tandis que le tympan, chef-d’œuvre de l’art roman, représente le Christ en majesté entouré du tétramorphe et des vingt-quatre vieillards.
L’abbaye souffrit des conflits régionaux, notamment lors de la croisade des Albigeois (1212) et de la guerre de Cent Ans, où les Grandes Compagnies et la peste ravagèrent la ville. Malgré des reconstructions partielles aux XIVe et XVe siècles, elle fut sécularisée en 1625, puis vendue comme bien national pendant la Révolution. Le cloître, menacé de destruction pour la construction d’une ligne de chemin de fer, fut sauvé in extremis grâce à des protestations. Classée monument historique dès 1840 et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998, l’abbaye est aujourd’hui un témoignage majeur de l’art monastique médiéval.
Le tympan du portail sud, réalisé entre 1110 et 1130, est une représentation symbolique de la vision apocalyptique de saint Jean. Le Christ en majesté, entouré des symboles des évangélistes et des vingt-quatre vieillards, domine une composition hiératique typique de l’art roman. Les chapiteaux du cloître, sculptés vers 1100, mêlent des motifs végétaux, animaux et des scènes narratives, comme le sacrifice d’Isaac ou la Résurrection de Lazare. Ces éléments, associés à l’architecture gothique ultérieure, font de Moissac un site unique où se croisent influences clunisiennes, romanes et méridionales.
L’abbaye abritait également un scriptorium réputé, dont les 160 manuscrits, vendus en 1678 à Colbert, sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France. Parmi eux, 125 manuscrits de Moissac ont été numérisés. L’orgue, construit par Aristide Cavaillé-Coll en 1863 dans un buffet du XVIIe siècle, et la découverte en 2013 des restes d’une chapelle dédiée à Notre-Dame de Lemboulari soulignent la richesse historique et artistique du site.
Les fouilles ont révélé sous l’abbatiale des vestiges d’une église préromane et un graffiti du IVe siècle, attestant d’une occupation ancienne. Le clocher-porche, fortifié au XIIe siècle, et la nef, partiellement romane et partiellement gothique, illustrent les évolutions architecturales du site. Malgré les destructions révolutionnaires et les restaurations du XIXe siècle, notamment par Viollet-le-Duc, Moissac reste un haut lieu du patrimoine médiéval, marqué par son rôle sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.