Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre de Nanteuil-le-Haudouin, située dans le département de l'Oise en région Hauts-de-France, est un édifice religieux catholique du troisième quart du XIIe siècle, de style gothique primitif. Elle se distingue par son aspect robuste et austère, avec un extérieur quasi dépourvu de décoration, à l'exception des portails. L'édifice appartient au groupe des églises fortifiées, une rareté dans la région, comme en témoignent les deux tourelles octogonales flanquant la façade occidentale. Ces caractéristiques, ainsi que ses supports de voûtes atypiques, lui confèrent une valeur archéologique notable.
L'église est fondée après 1095, lorsque le prieuré de Nanteuil — initialement créé au VIIe siècle par saint Valbert de Luxeuil — est rattaché à l'ordre de Cluny. Ce prieuré, dédié à Notre-Dame, précède l'église paroissiale Saint-Pierre, construite pour répondre aux besoins de la population et du comte local. Le collateur de la cure reste le prieur, soulignant la primauté du prieuré sur la paroisse. Sous l'Ancien Régime, Nanteuil relève du diocèse de Meaux, puis de Beauvais après la Révolution. Le portail occidental est classé monument historique en 1908, tandis que le reste de l'édifice, y compris le clocher en charpente (reconstruit après l'effondrement d'une tour en pierre en 1680), est inscrit en 1966.
L'architecture intérieure révèle une nef à deux niveaux, avec des grandes arcades et des voûtes d'ogives rudimentaires, simplement chanfreinées. Les chapiteaux, parfois sculptés de motifs romans (feuillages, lions, chimères), montrent une transition entre les styles roman et gothique. Le transept et le chœur, largement remaniés aux XVIIe–XVIIIe siècles, adoptent des éléments classiques, comme des tailloirs moulurés. Les vitraux contemporains (1956), œuvres d'Adeline Hébert-Stevens, Pauline Peugniez et Paul Bony, illustrent des vertus chrétiennes. Parmi le mobilier, on note des bancs du XVIIIe siècle, un Christ en croix, et des châsses à reliques offertes par le cardinal César d'Estrées.
Les restaurations récentes ont mis en valeur une polychromie architecturale inspirée du XIXe siècle, avec des motifs héraldiques et religieux (IHS, pélican, devises). Les travaux, financés par des souscriptions publiques via la Fondation du patrimoine, ont aussi consolidé les tourelles et réparé la charpente du clocher. L'église reste un lieu de culte actif, au cœur de la paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, couvrant quinze communes.
L'édifice se singularise par son plan cruciforme, sa nef de quatre travées accompagnée de bas-côtés, et un chevet plat. Les tourelles d'escalier, percées de meurtrières, renforcent son caractère défensif, tandis que la grande fenêtre en arc brisé au-dessus du portail atténue cette impression. À l'intérieur, l'absence de triforium et la simplicité des voûtes reflètent une construction utilitaire, peut-être influencée par des besoins militaires ou économiques. Les chapelles latérales, ajoutées postérieurement, pourraient dater de la reconstruction classique.
Les sources historiques, comme les travaux de Léon Fautrat (1891) et Dominique Vermand (1996), soulignent l'originalité de ses supports et son rôle dans l'histoire locale. Malgré des lacunes sur son passé paroissial, l'église Saint-Pierre incarne un patrimoine médiéval préservé, marqué par des adaptations ultérieures et une vie cultuelle toujours vivante.