Frise chronologique
1184
Première attestation
Première attestation
1184 (≈ 1184)
Mention écrite de l’église originale.
vers 1535
Reconstruction gothique
Reconstruction gothique
vers 1535 (≈ 1535)
Chœur et chevet édifiés en style flamboyant.
1908
Premier classement
Premier classement
1908 (≈ 1908)
Protection du chœur médiéval.
1914-1918
Destruction pendant la Grande Guerre
Destruction pendant la Grande Guerre
1914-1918 (≈ 1916)
Nef et transept rasés, chœur endommagé.
1931-1933
Reconstruction Art déco
Reconstruction Art déco
1931-1933 (≈ 1932)
Nef, transept et clocher bâtis par Duval et Gonse.
1933
Installation de l’orgue Beuchet-Debierre
Installation de l’orgue Beuchet-Debierre
1933 (≈ 1933)
Premier orgue, détruit en 1940.
1940
Dégâts pendant la Seconde Guerre mondiale
Dégâts pendant la Seconde Guerre mondiale
1940 (≈ 1940)
Vitraux et orgue endommagés, clocher utilisé comme poste d’observation.
1956-1957
Restauration des vitraux
Restauration des vitraux
1956-1957 (≈ 1957)
Pauline Peugniez restaure les œuvres de Jean Hébert-Stevens.
1957
Nouvel orgue Roethinger
Nouvel orgue Roethinger
1957 (≈ 1957)
Remplacement de l’orgue détruit.
1992
Restauration de l’orgue
Restauration de l’orgue
1992 (≈ 1992)
Travaux menés par Jean-Marc Cicchero.
1997
Classement des parties modernes
Classement des parties modernes
1997 (≈ 1997)
Protection de la nef, du transept et du clocher.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise, à l'exception de la nef et du transept (première travée du choeur) détruits pendant la guerre : classement par arrêté du 20 juillet 1908 et par décret du 18 décembre 1924 - Nef, clocher et transept (cad. AR 231) : classement par arrêté du 29 avril 1997
Personnages clés
| Charles Duval - Architecte |
Co-concepteur de la reconstruction Art déco (1931-1933). |
| Emmanuel Gonse - Architecte |
Associé à Duval pour la nef et le clocher. |
| Raymond Couvègnes - Sculpteur |
Auteur des sculptures en béton de la façade. |
| Maurice Dhomme - Céramiste |
Créateur des œuvres en céramique vernissée (ex. : *Mise au tombeau*). |
| Henri Marret - Peintre |
Auteur des peintures murales intérieures. |
| Jean Hébert-Stevens - Peintre-verrier |
Concepteur des vitraux de la nef (partiellement détruits). |
| Pauline Peugniez - Peintre-verrier |
Restaure les vitraux (1956-1957), veuve d’Hébert-Stevens. |
| Paul Bony - Peintre-verrier |
Auteur des vitraux du chœur, gendre de Peugniez. |
| Raymond Subes - Ferronnier |
Créateur des grilles en ferronnerie et cuivres repoussés. |
| Max Joseph Roethinger - Facteur d’orgues |
Conçoit l’orgue de 1957. |
| Jean Marais - Guetteur militaire / Acteur |
Posté au clocher pendant la Seconde Guerre mondiale. |
Origine et histoire
L’église Saint-Pierre de Roye, attestée dès 1184, fut reconstruite vers 1535 dans un style gothique flamboyant. Ce chœur, seul vestige médiéval, survécut aux destructions massives de la Première Guerre mondiale, où l’édifice fut en grande partie rasé. La reconstruction d’après-guerre (1931-1933) confia aux architectes parisiens Charles Duval et Emmanuel Gonse la mission d’élever une nef, un transept et un clocher de 64 mètres, inspirés de l’art déco et de l’église Notre-Dame du Raincy. Ce mélange audacieux de styles, alliant patrimoine gothique et modernité, fit de Saint-Pierre un symbole de renaissance pour Roye, ville martyre de la Somme.
La décoration intérieure et extérieure de l’église illustre l’innovation artistique des années 1930. Le chœur, restauré à l’identique, abrite des vitraux du XVIe siècle remontés avec des fragments épars, tandis que la nef accueille des œuvres majeures : céramiques vernissées de Maurice Dhomme (comme La Mise au tombeau), peintures murales d’Henri Marret, et vitraux signés Jean Hébert-Stevens, partiellement détruits en 1940 puis restaurés par Pauline Peugniez. À l’extérieur, les sculptures en béton de Raymond Couvègnes et les grilles en ferronnerie de Raymond Subes, ornées de cuivres repoussés représentant le tétramorphe, soulignent cette fusion entre tradition et avant-garde.
Le clocher, haut de 64 mètres, devint un lieu stratégique pendant la Seconde Guerre mondiale. Transformé en poste d’observation par les armées britannique et française, il servit à repérer les avions ennemis, avec des guetteurs comme l’acteur Jean Marais. Ses quatre cloches — « Adolphe », « Claire », « Henriette » et « Marguerite » — et sa flèche en béton surmontée d’une croix en font un repère visible dans la région. L’orgue, détruit pendant le conflit, fut remplacé en 1957 par un instrument de Max Joseph Roethinger, restauré en 1992. Classée à trois reprises (1908, 1924, 1997), l’église conserve aussi des reliques de saint Florent et saint Antoine Daveluy, témoignant de son rôle spirituel et mémoriel.
L’édifice incarne la résilience de Roye, ville reconstruite après 1918. Les architectes Duval et Gonse, déjà auteurs d’une école maternelle locale, appliquèrent ici les principes de la reconstruction post-Grande Guerre, mêlant réemploi de matériaux anciens et techniques contemporaines. Ce parti pris, rare dans la Somme, en fait un jalon de l’architecture religieuse du XXe siècle, où le béton armé côtoie les vitraux médiévaux. Les damages de 1940 et les restaurations ultérieures (vitraux, orgue) achèvent de sceller son statut de monument hybride, à la fois mémoire des conflits et laboratoire artistique.
Propriété de la commune, l’église Saint-Pierre est protégée pour son chœur (classé en 1908 et 1924) et ses parties modernes (classées en 1997). Son histoire, marquée par les guerres et les reconstructions, en fait un lieu de culte et un patrimoine emblématique des Hauts-de-France, où se croisent foi, art et histoire militaire. Les reliques qu’elle abrite, comme les œuvres d’artistes tels que Dhomme ou Marret, en font aussi un musée à ciel ouvert, célébrant la créativité au service de la résurrection d’un territoire meurtri.