Origine et histoire
L’église Saint-Pierre de Saint-Pé-de-Bigorre trouve son origine dans la fondation d’un couvent bénédictin vers 1022 par Sanche Guillaume, duc de Gascogne, après une guérison miraculeuse attribuée à un ermite local. L’abbatiale, dédiée à saint Pierre et saint Paul, est consacrée en 1096, marquant l’achèvement du chœur roman. Le monastère, initialement béarnais, est rattaché à la Bigorre et au diocèse de Tarbes vers 1080, devenant un pôle clunisien majeur au XIIe siècle. Son plan, proche des modèles de Lescar ou Jaca (Espagne), comprend une nef à trois vaisseaux, un transept, et un chevet à absides circulaires, dont subsiste aujourd’hui le croisillon sud portant le clocher.
Au XIIIe siècle, l’église s’étend vers l’ouest avec l’ajout d’un grand Dôme (clocher-lanterne) et d’un portail monumental, portant sa longueur à 75 mètres. Les conflits internes entre moines, les pressions seigneuriales, et les crises financières (dîme royale, taxes pontificales) affaiblissent l’abbaye aux XIVe–XVe siècles. En 1569, les guerres de Religion ravagent le site : le mobilier est brûlé, les cloches volées, et les voûtes détruites. Une première reconstruction partielle suit, mais en 1661, un tremblement de terre provoque l’effondrement du Dôme, écrasant une partie de l’édifice.
La reconstruction baroque (1676–1681), menée par les mauristes après l’affiliation de l’abbaye à leur congrégation en 1666, redéfinit l’espace liturgique. La nef est raccourcie, voûtée de bois, et dotée d’une grande abside centrale remplaçant l’ancien portail roman. Les moines occupent le vaisseau principal, tandis que les paroissiens se voient relégués au collatéral sud, source de tensions jusqu’à la Révolution. Les décors intérieurs (peintures murales, faux-marbres, ciel étoilé) datent majoritairement des XVIIe–XIXe siècles, avec des campagnes de restauration aux XIXe–XXe siècles (toitures, voûtes, mobilier).
L’église, classée Monument Historique en 1977, conserve des vestiges romans (absidioles, tympan remployé), des maçonneries médiévales en grès et calcaire, et des éléments baroques (clocher du XVIIe siècle, stalles, peintures). Son histoire reflète les bouleversements politiques et religieux de la région, des origines bénédictines à la sécularisation révolutionnaire, en passant par les destructions huguenotes et les reconstructions mauristes. Les fouilles des années 1960 ont révélé les fondations du chœur monastique, tandis que les restaurations récentes (années 1980–1990) ont mis au jour des décors peints du XIXe siècle, comme la colombe du Saint-Esprit dans l’abside.
Le site abrite aussi des traces de la vie communautaire : la chapelle Notre-Dame (XIXe siècle), construite sur l’emplacement de l’ancien séminaire, et des peintures murales signées Darré (1858) ou Garbarino (1838–1839). Les matériaux hétéroclites (galets, remplois, enduits à la chaux) et les toitures en ardoise, typiques des Pyrénées, soulignent son évolution architecturale. Aujourd’hui propriété communale, l’église reste un témoignage majeur du patrimoine religieux occitan, mêlant héritage roman, gothique, et baroque.