Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L'église Saint-Pierre se situe au cœur du bourg de Saint-Pierre-le-Moûtier, dans le département de la Nièvre. Le premier monastère Saint-Pierre fut fondé en 740 par des bénédictins dépendant de l'abbaye Saint-Martin d'Autun, sur un terrain offert par la reine Brunehaut à proximité de la voie romaine d'Autun à Bordeaux. Au IXe siècle la communauté devint un prieuré ; une bulle d'Alexandre III en 1164 reconnut son rattachement à Saint-Martin et, l'année suivante, Louis VII accorda sa protection ; Philippe Auguste établit un bailliage royal en 1222. Archambault de Bourbon dota le prieuré en 1180 et l'église fut érigée en paroissiale en 1234 ; les bâtiments du cloître ont été détruits en 1910 et l'édifice a été classé monument historique en 1886.
En novembre 1429, Jeanne d'Arc, en route pour La Charité, assiégea Saint-Pierre-le-Moûtier, alors tenu par les gens d'armes d'Alain d'Albret et leurs alliés ; lors de l'assaut du 4 novembre elle déclara qu'elle n'était pas seule, affirmant "j’ai en ma compagnie 50 000 de mes gens", ordonna la construction de ponts de fagots et de claies et participa à la prise de la ville. Elle épargna la cité du pillage et fit plusieurs visites de prière dans l'église avant de repartir ; cet épisode est aujourd'hui le thème principal de la décoration moderne de l'édifice. La chapelle qui lui est dédiée comporte un grand vitrail illustrant la phase décisive, des mosaïques et des inscriptions thématiques, et un tableau au-dessus du grand orgue ; l'ensemble est l'œuvre collective des frères Mauméjean.
La structure générale de l'église remonte au XIIe siècle et forme la trame de la nef, du chœur, de l'abside et du bas-côté sud. La façade occidentale présente un portail mêlant éléments en plein cintre et en tiers-point, flanqué de niches trilobées abritant deux statues, dont Saint Denis et un saint attribué à saint Jacques. Le porche nord, qui communiquait avec le cloître, date de la fin du XIIe–début du XIIIe siècle ; la porte est encadrée par colonnes engagées et surmontée d'un tympan à cinq lobes reposant sur corbeaux sculptés où figure un Christ en majesté entouré du tétramorphe. Le bas-côté sud possède un portail plus modeste, sans tympan, dont l'archivolte est décorée de billettes enfermées dans deux rubans entrelacés.
À l'intérieur, la nef est voûtée en berceau continu sans arcs doubleaux ; la charpente apparente a été masquée par une fausse voûte en briques lors de travaux de restauration en 1868 et, au-dessus des collatéraux, s'ouvrent des arcades et des fenêtres cintrées. Le bas-côté sud, de style roman primitif, comporte six travées carrées voûtées d'arêtes avec des arcs en plein cintre surhaussé reposant sur des colonnes engagées. Le bas-côté nord, endommagé entre 1164 et 1221, a été reconstruit en style gothique : ses travées rectangulaires sont voûtées d'ogives et percées d'arcades en arcs brisés. La croisée du transept a vu sa coupole remplacée en 1650 par une voûte d'arêtes en briques qui marque l'élévation et supporte le clocher moderne bâti sur la tour primitive, contenant l'ancienne cloche du beffroi. Le chœur, élevé au‑dessus d'une crypte, est éclairé par des verrières modernes ; il adopte un plan rectangulaire et son chevet plat communique avec la sacristie par une porte. Les chapelles latérales ont été percées tardivement aux XVe et XVIe siècles.
Les chapiteaux, sculptés au deuxième quart du XIIe siècle, mêlent motifs corinthiens à feuillages, masques, animaux réels et fantastiques, scènes de jongleurs ou de musiciens et la scène biblique de Daniel dans la fosse aux lions ; leur finesse et les ajours témoignent d'une influence de l'École de Cluny et d'ateliers d'Autun ou de Cluny, avec des traits régionaux bourguignons et auvergnats. Le tympan du porche nord représente le Christ en majesté entouré du tétramorphe (saint Jean avec son aigle, saint Matthieu l'homme ailé, saint Luc et son bœuf, saint Marc et son lion) ; la voussure unique montre quatre anges tenant encensoirs et flambeaux, et les chapiteaux en ombrelle figurent une cité idéale évoquant la Jérusalem céleste, avec quelques traces de polychromie conservées.
Le mobilier et les objets d'art répertoriés comprennent un gisant de prieur découvert lors de fouilles (XIVe siècle), une Vierge de pitié en bas-relief, des statues de saint Michel et de sainte Catherine, une pierre tombale d'Anne Dumontet, une Pietà polychrome, une Vierge à l'Enfant et des peintures murales néo-gothiques, tous classés aux Monuments historiques. On relève aussi des fragments de bas-reliefs remployés (notamment le martyre de saint Pierre), les mosaïques et peintures de la chapelle Jeanne d'Arc, des vitraux modernes relatant l'épopée locale par les frères Mauméjean, des vitraux du XIXe siècle pour la chapelle Saint-Joseph, une chaire de style sulpicien et un orgue.
Parmi les prieurs connus se trouvent Helin de Lamoignon (1569), son neveu François Luillier (1575) et François Rapine (1642), qui fut aumônier de la reine Marie de Médicis, aumônier général de l'artillerie et bénéficiaire d'un office institué par Louis XIII.