Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L’église Saint-Pierre de Verberie, dans l’Oise, est une église catholique paroissiale classée parmi les premiers monuments historiques du département lors des listes de 1840 et 1862. Sa renommée tient en partie à une tradition orale qui identifie le croisillon méridional du transept à l’ancienne chapelle du palais royal de Charlemagne, hypothèse non vérifiable en l’absence de fouilles. Édifiée pour l’essentiel à la fin du XIIe siècle et remaniée aux XVe et XVIe siècles, elle illustre à la fois les débuts de l’architecture gothique et des aménagements flamboyants caractéristiques d’une petite église du Valois, en grande partie reconstruite après les destructions causées par les assauts anglais de 1430. Classée très tôt pour son intérêt archéologique, l’église fit l’objet d’une première étude par le baron Ferdinand de Guilhermy en 1862, restée inédite, puis de travaux plus récents, notamment ceux de Dominique Vermand et de Sandrine Pitteman.
Située rue Saint‑Pierre (RD 123), à la limite est du bourg, l’église ouvre sur un parvis nommé place du maréchal Foch où se trouve le monument aux morts ; elle est dégagée de constructions contiguës par une cour au sud et un chemin qui permet de faire le tour du chevet, bien que des arbres et un mur privé gênent la vue d’ensemble. L’édifice, orienté selon l’axe est‑ouest, présente un plan cruciforme : une nef aveugle de quatre travées flanquée de deux bas‑côtés, un transept saillant, un chœur à pans coupés de deux travées sans bas‑côtés et un clocher en bâtière occupant l’emplacement de la première travée du bas‑côté sud. La longueur hors œuvre est de 43,00 m et la largeur nord‑sud de 25,00 m ; la nef avec ses bas‑côtés atteint 15,60 m de largeur, le bas‑côté sud étant plus large que celui du nord. Les croisillons, approximativement carrés et deux fois plus larges que les bas‑côtés, ont des dimensions au sol comparables ; le croisillon méridional, daté par l’architecte Chaine de la fin du XIIe siècle, est sensiblement plus élevé que la nef mais sa voûte médiévale a été remplacée au XVe siècle et atteint actuellement 11,00 m contre 10,25 m pour la nef.
Sur la façade occidentale, le portail est encadré de contreforts ornés de niches à statue sous dais et d’un pinacle, et l’archivolte très large comporte plusieurs autres niches décorées ; le tympan ajouré d’une baie moderne et la profusion de petites sculptures (têtes, motifs végétaux) témoignent d’un décor soigné, tandis qu’une baie flamboyante éclaire le bas‑côté nord. Le clocher, haut de 33,2 m, est structuré par des larmiers horizontaux ; son rez‑de‑chaussée abrite une chapelle, les étages intermédiaires sont aveugles et l’étage supérieur est percé de baies abat‑son en cintre brisé, flanqué d’une échauguette ; parmi les cloches anciennes, deux fondues en 1681 et 1755 furent classées comme objets en 1912, mais seule la plus récente subsiste et porte un bas‑relief de la Vierge à l’Enfant.
La nef et les bas‑côtés, datés de la fin du XVe ou du premier quart du XVIe siècle, relèvent du style flamboyant ; leurs toits en appentis empêchent l’ouverture de fenêtres hautes et les murs gouttereaux sont munis de corniches moulurées. Les contreforts rythment les travées et présentent des glacis et des décorations variées ; chaque travée s’ouvre par une fenêtre en tiers‑point sans remplage, tandis que les croisillons affichent des baies aux remplages flamboyants pour le nord et des lancettes étroites pour le sud, ce dernier présentant des éléments ornementaux hérités du XIIe siècle mais des contreforts et proportions qui éloignent son interprétation d’un modèle roman pur. Le chevet à pans coupés, de style gothique rayonnant, est composé de deux lancettes surmontées d’un oculus ; ses meneaux chanfreinés évoquent une datation entre 1260 et la fin du XIIIe siècle, tandis que les remplages flamboyants de la première travée du chœur résultent d’interventions postérieures.
Les sources documentaires confirment l’existence d’une église à Verberie dès l’époque des donations à l’abbaye Saint‑Corneille fondée par Charles II le Chauve, et une charte de 1029 évoque le domaine attenant au palais et deux églises qui en dépendaient ; Verberie comptait par ailleurs plusieurs paroisses et chapelles historiques. Des fondations de chapelles sont attestées par des chartes royales : la chapelle Notre‑Dame est approuvée en 1309 et des fondations pour des chapelles Saint‑Jacques et Saint‑Nicolas sont mentionnées respectivement en 1342 et 1344. Lors des combats de 1430, Jean de Dours confirma la résistance de la population en retranchant des habitants dans l’église, qui subit alors d’importants dommages nécessitant une reconstruction pratiquement générale jusqu’à la fin du XVe siècle ; une plaque commémorative rappelle cet épisode depuis 1909.
Les interventions plus récentes ont ménagé la conservation générale du bâtiment. Au XIXe siècle, le petit clocher qui surmontait autrefois le croisillon sud fut supprimé et la sacristie entre le croisillon sud et le chœur fut largement rebâtie en 1846 ; l’abaissement du niveau du sol lié à la suppression du cimetière entraîna des désordres structurels relevés par l’architecte Chaine, d’où des reprises de maçonnerie réalisées entre 1897 et 1898 avec des pierres de Saint‑Maximin. La restauration de l’étage supérieur du clocher fut jugée nécessaire en 1908 et exécutée en 1910 selon le projet de l’architecte Potdevin, puis la façade du chevet fut réparée en 1911 et trois vitraux posés peu avant la Première Guerre mondiale ; la rue Saint‑Pierre fut incendiée pendant ce conflit, sans dégâts notables pour l’église. Lors de la Seconde Guerre mondiale, en 1940, des bombardements atteignirent la façade septentrionale du clocher, les toitures et la plupart des vitraux, provoquant des réparations engagées pendant la guerre avec réemploi de pierres de Saint‑Maximin et de tuiles plates de Bourgogne ; en 1944 des projectiles endommagèrent encore le bras nord du transept, mais les réparations successives n’ont pas altéré de façon sensible l’esthétique de l’édifice.
À l’intérieur, la nef paraît trapue et assez obscure, l’absence de fenêtres hautes n’étant pas compensée par des éclairages généreux dans les bas‑côtés ; les grandes arcades brisées qui relient la nef aux bas‑côtés présentent des moulurations variées et des nervures prismatiques pénétrantes sans chapiteaux, tandis que certains piliers ondulés, d’influence renaissante, soutiennent un doubleau puissant lié au clocher. Les voûtes de la nef comportent des croisées d’ogives avec liernes et, dans la troisième travée, une voûte décorative à liernes et tiercerons dont certains sont en quart‑de‑cercle ; la chapelle sous la base du clocher est cloisonnée et la tribune d’orgue occupe la première travée, obstruant la fenêtre du tympan occidental.
Le transept, plus large que le vaisseau central, se caractérise par des doubleaux dont les profils varient et par des croisillons aux voûtes parfois proches de modèles sexpartites ; l’arc triomphal ouvrant sur le chœur, datable de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle, présente chapiteaux à feuilles mouvantes et supports cruciformes destinés à recevoir colonnettes et ogives. Les boiseries du XVIIIe siècle qui habillent les croisillons ont une forte présence et sont en mauvais état de conservation.
Le chœur, profond et relativement bas, conserve des dispositions rayonnantes d’origine avec des meneaux et colonnettes dans les fenêtres de l’abside, tandis que la première travée présente des réseaux flamboyants ; les voûtes semblent avoir été restaurées après la guerre de Cent Ans, les ogives conservant cependant un profil renvoyant à la période rayonnante, et le soubassement des fenêtres est revêtu de boiseries.
L’orgue de tribune provient du château d’Aramont, a été réalisé par la maison Cavaillé‑Coll en 1843, installé sur la tribune en 1890 et classé au titre des objets en 1989 ; il constitue l’unique élément du mobilier protégé au titre des monuments historiques.
Enfin, Verberie est la patrie de Claude Carlier, dont le petit monument se trouve dans le bas‑côté sud, et la paroisse Saint‑Pierre a connu des évolutions administratives : rattachée successivement aux diocèses mentionnés dans les archives et intégrée depuis 1822 au diocèse de Beauvais, elle fait aujourd’hui partie d’une vaste paroisse regroupant quatorze communes, où une messe est célébrée chaque dimanche à 11 h 30.