Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre
L’église Saint-Pierre de Vienne, aujourd’hui Musée archéologique Saint-Pierre, est une ancienne abbatiale construite à la fin du Ve siècle dans un cimetière gallo-romain, sur les ruines d’un quartier d’habitation. Dédiée initialement aux apôtres Pierre et Paul, elle servit de basilique funéraire abritant les sépultures des évêques de Vienne, dont Mamert (mort vers 475), considéré comme son fondateur probable. Son plan actuel, avec une nef unique et une abside semi-circulaire, remonte à cette période primitive, intégrant des remplois antiques et des colonnes en marbre. Les parties basses de l’abside et les arcatures murales datent également du Ve siècle, tandis que les modifications des parties hautes (fenêtres) interviennent à l’époque carolingienne.
Au Moyen Âge, l’abbatiale devient le cœur spirituel et politique de Vienne. Une communauté monastique s’y installe dès le VIe siècle, dirigée selon la tradition par l’ermite Léonien. L’abbaye, enrichie par les reliques de nombreux saints (dont la nappe de la Cène), domine la ville jusqu’aux guerres de Religion, qui affaiblissent son influence. Les moines, devenus chanoines, obtiennent en 1780 l’union avec l’abbaye de Saint-Chef avant sa suppression en 1791. Transformée en musée en 1809, l’église subit une restauration majeure dans les années 1860, retrouvant partiellement son aspect roman après la suppression d’un décor néo-classique ajouté en 1780.
L’architecture de Saint-Pierre reflète ses multiples transformations. À l’époque romane (XIe–XIIe siècles), la nef est divisée en trois vaisseaux, un clocher-porche est ajouté à l’ouest, et la chapelle Notre-Dame (en croix grecque) est voûtée en berceau. Le portail sud, orné de sculptures, et des vestiges de peintures murales du XIIe siècle (comme un saint Jean) témoignent de cette période. La chapelle funéraire Notre-Dame, élevée entre le XIIe et XVe siècles, et l’oratoire Saint-Georges (devenu église séparée à la Révolution) complètent l’ensemble. Peu modifiée après le XVe siècle, l’abbatiale conserve aussi des fragments de chancels carolingiens (IXe siècle) réemployés dans le clocher-porche.
Classée monument historique dès 1862, Saint-Pierre abrite un exceptionnel ensemble de reliques (26 saints cités, dont Mamert, Avit, ou Adon) et la nappe de la Cène, attirant pèlerins et historiens. Son musée lapidaire, installé en 1872, présente des collections archéologiques restées quasi inchangées depuis. L’édifice illustre ainsi la continuité cultuelle et architecturale de Vienne, de l’Antiquité tardive au XIXe siècle, tout en symbolisant les mutations religieuses et politiques de la région.