Origine et histoire
L’église Saint-Pierre-ès-Liens de Condécourt, située dans le Val-d’Oise, est un édifice composite dont les parties les plus anciennes remontent à la fin du XIe siècle. La base du clocher, voûtée d’arêtes et ornée d’arcades en plein cintre à impostes décorées de dents-de-scie, témoigne de cette période romane archaïque. Le premier étage octogonal du clocher, daté du début du XIIe siècle, présente des baies en plein cintre flanquées de colonnettes torsadées, tandis que le second étage, plus sobre et aux arcs brisés, fut ajouté à l’époque gothique. Ces éléments, bien que partiellement masqués par des constructions ultérieures, illustrent l’évolution stylistique de l’édifice.
Au XIIIe siècle, la chapelle de la Vierge et le chœur gothique furent construits, marquant une transition vers un style plus élaboré. La chapelle, terminée par une abside en hémicycle, combine des éléments gothiques primitifs (contreforts à ressauts, corniche ornée) et des voûtes à ogives datées du début du XIIIe siècle, suggérant une interruption du chantier. Le chœur, composé de deux travées voûtées d’ogives, intègre des chapiteaux à crochets et des clés de voûte ornées de feuillages, caractéristiques du gothique rayonnant naissant. Ces ajouts transforment l’église en un ensemble architectural hétéroclite mais harmonieux, unifié par l’emploi de pierres locales de même teinte.
La nef actuelle, reconstruite au XVIIIe siècle dans un style néoclassique sobre, contraste avec les parties médiévales. Dépourvue de contreforts et simplement plafonnée, elle s’ouvre sur la base du clocher et le chœur par des arcades aux profils variés (plein cintre, tiers-point). Bien que dépouillée, cette nef met en valeur les éléments anciens, comme la polychromie architecturale conservée près de l’arcade méridionale. L’ensemble, classé aux monuments historiques en 1925, reflète ainsi près de sept siècles d’histoire architecturale, des origines romanes à la période moderne.
L’église, aujourd’hui affiliée à la paroisse Avernes et Marines, conserve un mobilier modeste mais remarquable, incluant deux cloches en bronze des XVIe et XVIe siècles classées au titre objet, ainsi que des éléments liturgiques comme un tabernacle rocaille et des stalles individuelles. Bien que les messes dominicales y soient rares (deux ou trois par an), l’édifice reste un témoignage vivant du patrimoine religieux du Vexin français, marqué par son plan irrégulier et la juxtaposition de styles.
Son clocher octogonal, rare dans la région, s’inscrit dans une tradition locale incluant des exemples comme Brueil-en-Vexin ou Omerville. Les baies du premier étage, ornées de colonnettes à chapiteaux romans, et le second étage aux arcs brisés, illustrent cette dualité stylistique. La chapelle de la Vierge, avec ses voûtes à trois branches d’ogives et ses chapiteaux sculptés, offre quant à elle un exemple précoce de gothique primitif en Île-de-France, tandis que le chœur, aux formerets aigus et aux supports élancés, évoque une période gothique plus avancée.
L’histoire de Condécourt, érigée en paroisse au XIIe siècle selon l’abbé Gautier, est liée à l’archidiocèse de Rouen avant son rattachement au diocèse de Pontoise en 1966. Sous l’Ancien Régime, la cure relevait alternativement des abbés du Bec et de Coulombs, soulignant son ancrage dans les réseaux monastiques régionaux. L’édifice, bien que modifié au fil des siècles, conserve ainsi des traces de son passé médiéval, tout en intégrant des éléments classiques, faisant de lui un monument emblématique du patrimoine vexinois.