Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre-ès-Liens du Haut-Langoiran
L'église Saint-Pierre-ès-Liens, située à Langoiran en Gironde, est un édifice religieux dont les origines remontent au Moyen Âge. Son mur nord, son chœur et son portail datent du XIe siècle, tandis que le chevet, composé de neuf travées, est caractéristique du XIIe siècle. L'édifice, initialement de style roman, a subi des transformations majeures, notamment au XVIIe siècle avec l'ajout d'un bas-côté sud en 1541 par le maître maçon Martial Rous, et la construction d'un clocher en 1604. Ces éléments sont attestés par des inscriptions conservées dans les murs de l'église.
Au XIXe siècle, l'église a connu une restauration controversée dirigée par l'architecte Paul Abadie entre 1864 et 1868, sur demande de Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux. Cette intervention, qualifiée de « vandalisme architectural » par certains historiens, a modifié la façade occidentale et ajouté une flèche néogothique, ainsi qu'une sacristie. Malgré ces transformations, le chevet roman, richement sculpté, est resté intact et constitue l'un des plus beaux exemples d'art roman de la région. Il abrite 36 chapiteaux, dont 7 historiés, et 23 modillons sculptés, illustrant des thèmes moraux et religieux à travers des métaphores animales.
L'iconographie romane de l'église est particulièrement remarquable. Les chapiteaux du chevet et du sanctuaire représentent des scènes variées, allant de l'adoration des rois Mages à des combats d'animaux symbolisant les luttes morales. Les modillons de la façade occidentale, bien que partiellement remployés lors de la restauration de 1864, illustrent des thèmes liés à la dénonciation de la luxure, avec des représentations comme un bouc, un joueur de dolio, ou une sirène bi-caudale. Ces éléments sculpturaux, invisibles aux fidèles pendant les offices, servaient de rappels moraux destinés au clergé.
À l'intérieur, la nef conserve des éléments du XVIIe siècle, comme une chaire en pierre et un crucifix en bois. Le bas-côté sud, transformé en chapelle Notre-Dame, abrite des vitraux du XIXe siècle évoquant sainte Germaine de Pibrac, ainsi qu'un tableau du XVIIe siècle représentant le calvaire de saint Pierre. L'église, classée Monument Historique en 1908, témoigne ainsi de plusieurs siècles d'histoire religieuse et architecturale, mêlant styles roman, gothique et néogothique.
L'église est également entourée d'éléments patrimoniaux annexes, comme une croix de cimetière du XVIIIe siècle, déplacée à plusieurs reprises, et une croix de mission datant du Moyen Âge, reconstruite en 1965. Ces éléments, ainsi que les vestiges d'un sarcophage près du mur nord, enrichissent le contexte historique du site. L'édifice, propriété de la commune, reste un lieu de culte actif et un témoignage précieux de l'art et de l'histoire religieuse de la Gironde.