Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre-ès-Liens du Haut-Langoiran
L'église paroissiale Saint‑Pierre‑ès‑Liens du Haut‑Langoiran se situe sur la place principale de l'écart du Haut‑Langoiran, dans la commune de Langoiran (Gironde), accessible par les routes départementales D240, D10 et D119. L'édifice, de style roman, porte le vocable de saint Pierre depuis au moins 1326 et possède une abside romane sculptée. Le mur nord de la nef, le chœur et son portail datent du XIe siècle, tandis que le chevet à neuf pans est du XIIe siècle. La nef, non voûtée, est bâtie en petit appareil et renforcée par des contreforts plats ; ses fenêtres hautes sont ébrasées vers l'intérieur et à ressaut vers l'extérieur. Le bas‑côté sud a été construit en 1541 par le maître maçon Martial Rous, selon une inscription portée sur l'un des piliers. Deux pierres gravées dans le mur occidental du bas‑côté portent des inscriptions : l'une, en caractères gothiques, datée de 1402, et l'autre rappelant la construction de l'ancien clocher en 1604. L'ancien clocher, une tour carrée coiffée d'un toit en pavillon, a été détruit et remplacé au troisième quart du XIXe siècle par une flèche ; la sacristie a été aménagée à cette même période par l'architecte Paul Abadie. En 1864 Paul Abadie entreprit la reconstruction de l'église suivant les directives de l'archevêque Donnet ; certains auteurs ont dénoncé ces travaux comme des « embellissements désastreux ». L'église a été classée dans son ensemble au titre des monuments historiques par arrêté du 1er décembre 1908.
L'essentiel de la sculpture romane se concentre autour de l'abside : à l'extérieur on compte 36 chapiteaux dont sept historiés et 23 modillons sculptés, et à l'intérieur, autour du sanctuaire, 25 pièces sculptées dont neuf chapiteaux historiés et une console. La façade occidentale, très remaniée en 1864, conserve six modillons figurés et un portail pourvu de six chapiteaux sculptés ; les voussures du portail conservent en grande partie leur disposition ancienne, la première ayant été refaite en 1862. Cinq chapiteaux du portail présentent un décor de feuillage et le sixième une composition animalière bicorporée, tandis que la porte en bois ornée de ferrures, d'époque XVIIIe, a été maintenue. La façade originelle comptait quinze modillons ; six d'entre eux furent remployés lors de la reconstruction du clocher et représentent des scènes dénonçant la luxure, telles qu'un bouc, un joueur de dolio, deux oiseaux enlacés, un exhibitionniste, un masque de loup et une sirène bi‑caudale.
Le chevet, relativement intact, est considéré comme l'une des réussites romanes de la région et présente une parenté stylistique avec des œuvres saintongeaises. Il comporte à l'extérieur sept chapiteaux figurés et à l'intérieur neuf ; la majorité des thèmes est animalière et moralisante. L'ornementation associe dents‑de‑loup et dents‑de‑scie au soubassement, bandeaux chanfreinés et moulures à feuillages sous les appuis, et des décors gravés variés le long des fûts. Au deuxième étage, la corniche est soutenue par vingt‑trois modillons sculptés non figurés.
Dans le sanctuaire, une arcature à douze colonnes porte des chapiteaux dont sept historiés représentent, entre autres, un homme agenouillé saisissant de grosses tiges, quatre dragons superposés, un homme accompagné de lions, l'adoration des rois Mages, Daniel priant entre quatre lions et un combat entre deux paires de coqs. Une console montre un homme lissant sa barbe, motif à connotation négative adressé au clergé et attesté dans d'autres édifices régionaux. Trois chapiteaux (n°4, 8 et 9) ne sont pas romans et semblent appartenir au XVIIe siècle, tandis que d'autres chapiteaux non historiés portent des décors végétaux ou géométriques. Les vitraux du sanctuaire datent de la période postérieure à la restauration de 1864.
À l'intérieur, la chaire en pierre, munie d'un abat‑voix du XIXe siècle, et le grand crucifix en bois sont du XVIIe siècle. La sacristie et une dépendance furent construites en 1864 ; au‑dessus de la porte de la sacristie la colombe du Saint‑Esprit en bois doré date du XVIIIe siècle. Dans la chapelle dédiée à Notre‑Dame, les vitraux du XIXe siècle illustrent la vie de sainte Germaine de Pibrac ; le tableau provenant de l'ancien retable du maître‑autel représente le calvaire de saint Pierre et se trouvait sur l'autel de 1691 à 1864. Les fonts baptismaux en pierre sont du XVIIe siècle ; on relève également une litre funéraire liée à l'enterrement de Guillaume d'Affis, un confessionnal du XVIIe siècle et une statue de la Vierge.
Aux abords, subsistent des éléments du site funéraire ancien : une croix de cimetière datée du début du XVIIIe siècle et déplacée en 1976, une croix en fer forgé à l'emplacement de l'ancien cimetière et les restes d'un sarcophage le long du mur nord ; au lieu‑dit le Biac, entre Langoiran et le Haut‑Langoiran, la présence d'une croix de mission est attestée depuis le Moyen Âge et la croix actuelle en bois date de 1965. Des gravures de deux archevêques figurent dans la sacristie, et des stalles d'époque de la Restauration encadrent la porte d'entrée.