Frise chronologique
Fin XIIe – début XIIIe siècle
Construction du transept et de l'abside
Construction du transept et de l'abside
Fin XIIe – début XIIIe siècle (≈ 1325)
Réalisation gothique champenoise parmi les plus abouties.
1338–1349
Voûtement de la nef par Jean de Hauteverve
Voûtement de la nef par Jean de Hauteverve
1338–1349 (≈ 1344)
Transition entre styles rayonnant et flamboyant.
1552
Achèvement du clocher
Achèvement du clocher
1552 (≈ 1552)
Date gravée, style flamboyant tardif ou Renaissance.
1743
Démolition des bas-côtés inachevés
Démolition des bas-côtés inachevés
1743 (≈ 1743)
Agrandissement de la maison d’école.
1793
Pillage révolutionnaire et usage profane
Pillage révolutionnaire et usage profane
1793 (≈ 1793)
Transformée en mairie et manufacture de salpêtre.
22 mai 2012
Classement monument historique
Classement monument historique
22 mai 2012 (≈ 2012)
Protection de l’édifice en totalité.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
L'église en totalité (cad. C 99) : classement par arrêté du 22 mai 2012
Personnages clés
| Jean de Hauteverve - Prieur bâtisseur (élu en 1338) |
Initiateur du voûtement de la nef. |
| Marie de Grouches - Noble locale (morte en 1605) |
Effigie sur une dalle funéraire conservée. |
| Josias de Montmorency - Seigneur de Bouillancy (mort en 1616) |
Dalle funéraire en armure dans l’église. |
| Abbé Théodore-Cyrille Deligny - Curé et vitrailliste autodidacte (XIXe s.) |
Auteur des vitraux naifs de la nef. |
| Louis-Pierre-Claude Gourlet - Curé sous la Révolution (arrêté en 1793) |
Rétabli après la Terreur, réunifie les paroisses. |
Origine et histoire
L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Bouillancy, située dans l’Oise en région Hauts-de-France, est un édifice religieux dont la construction s’échelonne du XIIe au XVIe siècle. Son transept et son abside à sept pans, achevés au début du XIIIe siècle, comptent parmi les réalisations gothiques les plus abouties de la région, tandis que sa nef, reconstruite et voûtée progressivement, reflète des influences stylistiques variées, du roman au flamboyant. L’église, initialement priorale et paroissiale, fut liée à l’abbaye Saint-Faron de Meaux, puis au prieuré de Saint-Fiacre au XIVe siècle. Son isolement dans la vallée de la Gergogne s’explique par son origine monastique, les fondations religieuses privilégiant alors les sites éloignés des agglomérations pour des raisons de clôture et de pratiques agricoles comme la pisciculture.
À partir du XVIe siècle, l’histoire de la paroisse devient mieux documentée, marquée par des remaniements architecturaux et des épisodes tumultueux, notamment pendant la Révolution française. L’église, vidée de son mobilier et transformée en manufacture de salpêtre, fut restaurée au XIXe siècle après des décennies de négligence. Classée monument historique en 2012, elle conserve aujourd’hui des éléments remarquables comme des dalles funéraires du XVIIe siècle et des vitraux attribués à l’abbé Deligny, un vitrailliste autodidacte du XIXe siècle. Les campagnes de restauration entre 1980 et 2005 ont permis de préserver sa structure, tout en révélant des traces de son passé médiéval, comme des soubassements romans et des voûtes transitionnelles entre les styles rayonnant et flamboyant.
L’architecture intérieure de l’église se distingue par son élévation unifiée à 12 mètres sous voûtes, malgré la disparité des parties. Le transept, voûté en sexpartite, et l’abside à huit branches d’ogives, illustrent une maîtrise technique et esthétique rare pour les croisillons gothiques. À l’extérieur, l’édifice impose sa silhouette massive, avec un clocher du milieu du XVIe siècle, dominant une nef aux murs de moellons de grès, typiques du Multien. L’absence de décor sculpté et la rusticité des matériaux contrastent avec la finesse des détails intérieurs, comme les chapiteaux à feuilles stylisées ou les culs-de-lampe sculptés de têtes humaines dans les croisillons.
L’histoire de l’église est aussi marquée par des énigmes, comme l’emplacement exact du prieuré médiéval, peut-être associé à des souterrains voûtés découverts au XIXe siècle. Les fouilles et les témoignages locaux, comme ceux de l’abbé Faburelle, suggèrent une occupation monastique plus ancienne, mais les preuves archéologiques restent fragmentaires. La suppression des bas-côtés au XVIIIe siècle, la réutilisation de pierres romanes, et les modifications liturgiques (comme l’ajout d’un retable dans les croisillons) témoignent d’une adaptation constante de l’édifice aux besoins des communautés successives, des moines médiévaux aux paroissiens modernes.
Aujourd’hui affiliée à la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc du Multien, l’église de Bouillancy accueille des messes occasionnelles et reste un lieu de mémoire locale. Son mobilier, bien que décimé pendant la Révolution, inclut des éléments notables comme les dalles funéraires des Montmorency, famille noble liée à la seigneurie de Bouillancy au XVIIe siècle. Les vitraux de l’abbé Deligny, restaurés au XXe siècle, ajoutent une touche naïve et colorée à un intérieur par ailleurs sobre, où dominent les lignes gothiques épurées. Les dernières restaurations ont aussi mis en lumière des détails architecturaux méconnus, comme une piscine liturgique dans l’abside ou des traces de peintures murales disparues.
La valeur patrimoniale de l’église réside dans sa capacité à incarner près de cinq siècles d’histoire religieuse et architecturale, des origines romanes aux ajouts Renaissance. Son classement en 2012 a permis de protéger un édifice dont la silhouette, visible depuis la route départementale, reste un repère visuel dans le paysage rural du Multien. Malgré les lacunes documentaires sur certaines périodes, comme la transition entre le prieuré et la paroisse indépendante, Bouillancy offre un exemple représentatif des églises rurales des Hauts-de-France, où se mêlent ambition artistique médiévale et adaptations pragmatiques aux contraintes locales.