Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre-le-Puellier
L’église Saint-Pierre-le-Puellier de Tours, située dans le quartier du Vieux-Tours, trouve ses origines dans un monastère dont la fondation est parfois attribuée à la reine Clotilde au VIe siècle, bien qu’aucune source ne le confirme. Ce monastère, dédié à l’accueil de jeunes femmes (puellarum), est mentionné pour la première fois au VIIIe siècle comme dépendance de l’abbaye Saint-Martin. Au XIe siècle, il devient une paroisse puis une collégiale en 1073, marquant son importance croissante dans la ville médiévale, notamment avec l’essor des pèlerinages vers saint Martin.
La construction de l’église gothique actuelle débute entre 1170 et 1180, dans le style angevin, avec une nef à collatéraux, un transept et un chœur plat. Elle est agrandie à la limite des XIVe et XVe siècles, période durant laquelle une salle voûtée en berceau brisé, peut-être liée au cloître, est ajoutée. Le monastère joue aussi un rôle judiciaire : en 1199, Philippe Auguste y autorise l’épreuve « de l’eau et du feu », une ordalie médiévale. Les vestiges archéologiques révèlent aussi un cimetière paroissial actif du XIe au XIVe siècle, avec des pratiques funéraires évolutives (sarcophages en pierre puis retour aux coffrages en bois).
La Révolution française marque un tournant tragique : vendue comme bien national en 1791, l’église est presque entièrement démolie par ses acquéreurs, qui réutilisent les matériaux. Seuls subsistent une partie du collatéral nord (XIIe siècle) et la salle voûtée du XVe siècle, transformés en habitations. Ces vestiges, inscrits aux monuments historiques en 1946, témoignent aujourd’hui de l’histoire mouvementée du site, où fouilles des années 1968-1972 ont mis au jour des traces antiques (thermes romains, tanneries) et médiévales, désormais visibles dans un jardin archéologique.
Le site occupe une position stratégique depuis l’Antiquité : fondé à l’époque romaine (vers 15 ap. J.-C.) comme zone artisanale en bord de Loire, il est réaménagé aux IIe et IIIe siècles avec des tanneries, avant d’être abandonné. Au Moyen Âge, son emplacement entre la basilique Saint-Martin et la Loire en fait un bourg commerçant dynamique, lié aux pèlerinages. Les destructions révolutionnaires et les transformations urbaines ultérieures ont effacé une grande partie de ce patrimoine, mais les vestiges conservés offrent un rare aperçu de l’architecture gothique tourangelle et de la vie monastique féminine.
Architecturalement, l’église combinait des éléments gothiques de l’Ouest (voûtes, baies en plein cintre) et des ajouts tardifs comme la salle voûtée, peut-être un passage vers le cloître. Les chapiteaux sculptés, partiellement conservés, et les traces de vitraux attribués aux frères Le Pellerain (XVe siècle) soulignent son riche décor d’origine. La destruction de 1791 n’a épargné que 39 m de longueur sur 26 m de largeur (dimensions de l’édifice d’après l’acte de vente), réduisant ce monument majeur à un fragment symbolique du patrimoine tourangeau.