Origine et histoire de l'Église Saint-Pierre-sur-l'Hâte
L’église Saint-Pierre-sur-l’Hâte, située à Sainte-Marie-aux-Mines dans le Haut-Rhin, est un monument composite des XVe et XVIe siècles. Initialement dédiée à saint Guillaume au Xe siècle, elle fut rebâtie progressivement entre 1504 et 1576, comme en témoignent les dates gravées sur ses pierres. Son chœur, voûté d’ogives, date de la fin du XVe siècle, tandis que la nef et le clocher-porche furent achevés au XVIe siècle. L’édifice servit dès 1550 au culte protestant réformé, accueillant une communauté de mineurs locaux et des huguenots fuyant les persécutions.
En 1685, sous Louis XIV, l’église devint un simultaneum : la nef resta protestante, tandis que le chœur fut attribué aux catholiques. Ce statut œcuménique, rare en Alsace, perdure encore aujourd’hui. Le clocher, peut-être le plus ancien élément (XIIIe siècle selon certaines sources), abrite une cloche de 1536. L’église conserve aussi des tombes remarquables, comme celle d’Antoine Tiusler (1563), exploitant minier, et un cimetière entourant le bâtiment.
Classée monument historique en 1932, l’église illustre l’histoire religieuse et minière du val de Lièpvre. Son architecture hétéroclite reflète les étapes de construction étalées sur plus d’un siècle, marquées par des conflits de patronage entre l’abbaye de Moyenmoutier et les seigneurs locaux. Les vitraux, la grille en fer forgé (1776) et les armoiries des Ribeaupierre rappellent son passé mouvementé.
Le site, lié à l’exploitation minière dès le Moyen Âge, fut un lieu de tensions entre catholiques et protestants. La bulle papale de 1140 confirme son rattachement primitif à l’abbaye de Moyenmoutier, avant que les seigneurs de Ribeaupierre n’en prennent le contrôle au XIVe siècle. La légende évoque même une fondation sur un ancien prieuré bénédictin disparu au XIIIe siècle.
Aujourd’hui, Saint-Pierre-sur-l’Hâte reste un symbole du patrimoine alsacien, mêlant mémoire industrielle, religieuse et architecturale. Son cimetière, ses sacristies protestantes et catholiques, et ses éléments gothiques en font un témoignage unique de l’histoire locale, entre foi, pouvoir seigneurial et travail minier.