Origine et histoire de l'Église Saint-Remi
L’église Saint-Rémi de Bordeaux, située rue Jouannet dans le quartier Saint-Pierre, est un édifice d’origine romane, partiellement reconstruit aux XIVe et XVIe siècles dans un style gothique. Elle se distingue par son plan allongé, composé de deux nefs principales et de deux nefs latérales plus étroites, terminées par des absides polygonales. Une particularité architecturale réside dans la nef sud, qui ne possède qu’un seul point d’appui intermédiaire d’un côté et trois de l’autre. L’église, aujourd’hui entourée de maisons du XIXe siècle, conserve une façade partiellement visible et un clocher du XIVe siècle, partiellement dérasé. Son histoire remonte à une tradition locale la plaçant à l’emplacement d’un ancien temple dédié à Jupiter, près d’un mur romain.
Lors de fouilles archéologiques menées en 1866, une salle souterraine décorée d’une mosaïque gallo-romaine a été découverte à l’extrémité orientale du bas-côté sud. Des fragments de peintures murales ont également été mis au jour près du chevet nord et autour de la sacristie. Ces découvertes confirment l’ancienne occupation du site dès l’époque gallo-romaine. L’intérieur de l’église a subi de nombreuses modifications au fil des siècles, avec l’ajout de planchers et de cloisons en bois. Aujourd’hui, il ne subsiste qu’une travée à l’ouest, ainsi que le clocher d’origine, témoignant de son passé médiéval.
L’église Saint-Rémi a joué un rôle central dans la vie paroissiale bordelaise jusqu’à la Révolution française. En 1791, sa circonscription est divisée en trois nouvelles paroisses : Saint-Dominique (actuelle église Notre-Dame), Saint-Louis des Chartrons, et Saint-Martial (Bacalan). Vendue comme bien national en 1792 pour 107 088 francs, elle est ensuite utilisée comme magasin, écurie, puis réserve lapidaire du musée d’Aquitaine. Classée Monument Historique en 1923, elle est réhabilitée en 1998 pour devenir l’espace Saint-Rémi, un lieu culturel dédié aux expositions et manifestations artistiques. Malgré cette reconversion, l’édifice souffre aujourd’hui de problèmes d’humidité et de fragilité structurelle.
L’église abritait autrefois une chaire en bois sculptée par Cabirol, aujourd’hui transférée à l’église Saint-André de Bordeaux. Les paroissiens ont contribué à son décor, comme en témoignent les traces de fresques et les sculptures encore visibles. Sous les absides et la sacristie, des caveaux et des tombeaux abritent les sépultures de membres d’anciennes familles bordelaises. L’édifice, mesurant quarante mètres de long et trente-quatre de large, illustre l’évolution architecturale et religieuse de Bordeaux, des origines gallo-romaines à son usage contemporain.
Une nouvelle église Saint-Rémi, construite en 1866 rue Achard à Bacalan, a remplacé l’ancienne paroisse, devenue insuffisante en raison de la croissance démographique. Ce nouvel édifice, de plan basilical, présente une façade sobre avec un fronton massif soutenu par des pilastres doriques. Le clocher, de faible hauteur, est situé sur le flanc sud. Cette reconstruction marque la fin du rôle cultuel de l’église médiévale, aujourd’hui dédiée à la culture et au patrimoine bordelais.