Frise chronologique
1240
Destruction des anciennes églises
Destruction des anciennes églises
1240 (≈ 1240)
Rasement de Saint-Vincent et Saint-Michel par représailles.
1247
Fondation du bourg Saint-Louis
Fondation du bourg Saint-Louis
1247 (≈ 1247)
Ordre de Saint Louis pour un nouveau quartier.
1308
Don royal pour l’agrandissement
Don royal pour l’agrandissement
1308 (≈ 1308)
Philippe IV offre quatre *domunculas* pour reconstruire.
années 1320
Début des travaux
Début des travaux
années 1320 (≈ 1320)
Façade et nef construites en premier.
fin XIVe siècle
Achèvement du chœur
Achèvement du chœur
fin XIVe siècle (≈ 1495)
Abside et absidioles terminées.
1794
Transformation en fonderie
Transformation en fonderie
1794 (≈ 1794)
Fabrication d’affûts d’artillerie pendant la Révolution.
19 décembre 1907
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
19 décembre 1907 (≈ 1907)
Protection officielle de l’État.
2008
Campagne de restauration
Campagne de restauration
2008 (≈ 2008)
Travaux financés par Ville, État et Région.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise Saint-Vincent : classement par arrêté du 19 décembre 1907
Personnages clés
| Saint Louis - Roi de France |
Ordonna la construction du bourg en 1247. |
| Philippe IV - Roi de France |
Autorisa l’agrandissement en 1308. |
| Raimond II Trencavel - Seigneur occitan |
Sa révolte entraîna la destruction de 1240. |
| Abbé Peyre - Curé de Saint-Vincent |
Opposa l’inventaire de 1905 avec les paroissiens. |
| Guillaume Peyrusse - Baron et maire de Carcassonne |
Marguillier et trésorier de Napoléon Ier. |
| Abbé Jean Cazaux - Historien et curé |
Grève de la faim en 1991 pour le monument. |
Origine et histoire
L’église Saint-Vincent de Carcassonne, située dans la bastide Saint-Louis, fut édifiée après la destruction en 1240 des anciennes églises Saint-Vincent et Saint-Michel, rasées lors des représailles suivant la tentative de Raimond II Trencavel de reprendre la Cité. En 1247, Saint Louis ordonna la construction d’un nouveau bourg sur la rive gauche de l’Aude, où deux paroisses furent établies : Saint-Michel au sud et Saint-Vincent au nord. L’église actuelle, initialement construite en matériaux précaires, fut autorisée à s’agrandir en 1308 par Philippe IV, qui offrit quatre domunculas pour sa reconstruction.
Les travaux débutèrent exceptionnellement par la façade occidentale et la nef dans les années 1320, suivant un plan gothique méridional, tandis que le chœur ne fut achevé qu’à la fin du XIVe siècle. La tour-clocher, haute de 54 m, servit de tour de guet pendant les guerres de religion (XVIe siècle) et fut endommagée par des tirs de canon. En 1794, l’église fut transformée en fonderie révolutionnaire pour fabriquer des affûts d’artillerie, avant d’être rendue au culte en 1795 sous la pression populaire. Une porte fracturée à la hache lors de l’inventaire de 1905, opposant paroissiens et État, devint un symbole de résistance locale.
Classée Monument Historique en 1907, l’église se distingue par sa nef unique de 20,15 m (la plus large de France jusqu’au XIXe siècle), son chevet à abside nonagone flanquée d’absidioles, et son orgue du XVIIIe siècle classé en 1984. Le clocher, point géodésique utilisé par Cassini pour sa carte de France (XVIIIe siècle) et par Méchain/Delambre pour mesurer le méridien terrestre (1798), abrite un carillon de 54 cloches, 10e de France. Des restaurations majeures, initiées en 2008, ont préservé ses vitraux, sculptures et peintures, dont des œuvres de Jacques Gamelin et Pierre Subleyras.
L’édifice, propriété de la ville, illustre l’histoire mouvementée de Carcassonne : conflis religieux, révolutions industrielles et patrimoniales. Son trésor inclut un maître-autel en marbres polychromes (1773), un lutrin du XVIIe siècle signé Jean-Jacques Melair, et neuf tableaux de Gamelin. Des personnalités comme le baron Peyrusse (trésorier de Napoléon Ier) ou l’abbé Cazaux (curé et historien) y sont liées, soulignant son rôle central dans la vie sociale et spirituelle de la cité.
Architecturalement, Saint-Vincent mêle gothique rayonnant (portail occidental, 1320) et flamboyant (fenêtres du chevet, XVe siècle). La nef, initialement charpentée, fut voûtée en 1753 après la construction de la tribune d’orgue (1737). Les chapelles latérales (6 au nord, 7 au sud) et les sacristies respectent le plan originel du XIVe siècle. La façade, ornée de statues de saint Vincent et saint Louis, domine un parvis où l’abbé Cazaux mena en 1991 une grève de la faim pour défendre la visibilité du monument.