Origine et histoire de l'Église Saint-Saturnin
Commencée au XIVe siècle, l'église Saint-Vincent de la bastide Saint‑Louis à Carcassonne est un édifice gothique méridional à nef unique de sept travées bordée de chapelles latérales. Le chevet, composé d'une abside à neuf pans flanquée de deux absidioles à sept côtés, remonte à la fin du XIVe siècle, tandis que des arrachements à l'est montrent que la nef avait été prévue pour comporter quelques travées supplémentaires. La reconstruction de l'église, engagée après l'agrandissement autorisé par le don royal de 1308, s'est faite de l'ouest vers l'est ; la dernière travée de la nef ayant été mise en attente, le chevet fut élevé en dernier. La façade occidentale, percée d'un portail orné d'un gâble portant une fausse rose et d'un tympan partiellement abîmé par la voûte du porche intérieur, est animée par une balustrade et une tourelle d'angle ; les pinacles qui surmontaient les contreforts ont été supprimés au XIXe siècle. Le porche intérieur formant tribune et la tribune de l'orgue furent aménagés au XVIIIe siècle : la construction de la tribune et de l'orgue intervient dans les années 1730, la nef est couverte d'une voûte d'ogives en 1752 et l'édifice fut fermé pendant un an pour ces travaux en 1753. Pendant la Révolution, l'église fut transformée en fonderie en 1794 puis rendue au culte le 26 août 1795 ; une restauration a été engagée à partir de 1871 et une campagne importante de travaux a débuté en 2008, financée par la Ville, l'État, la Région et le Département. Propriété de la Ville de Carcassonne, l'église est classée au titre des monuments historiques depuis 1907.
De plan languedocien, la nef, dont la largeur remarquable est de 20,15 mètres, est bordée de six chapelles au nord et de sept au sud ; sa portée en fait l'une des plus larges nefs gothiques, un statut conservé pendant de longues périodes. La construction de la nef s'étala sur environ soixante ans : les quatre premières travées présentent des sculptures de clés et chapiteaux caractéristiques de la première moitié du XIVe siècle, tandis que les deux dernières, plus tardives, laissent apparaître les prémices du décor flamboyant. Les chapelles latérales et le chœur conservent leur voûtement d'origine ; la nef, initialement couverte par une charpente reposant sur des arcs diaphragmes, fut voûtée après l'élévation de la tribune. Le chevet, de facture légèrement postérieure, et les sacristies respectent cependant le plan du XIVe siècle ; l'abside principale s'éclaire par cinq fenêtres à remplages flamboyants.
La tour-clocher, élevée à partir des années 1320 puis prolongée au XVe siècle, présente une base carrée transformée en plan octogonal sur ses étages supérieurs et culmine à 54 mètres ; on y accède par un escalier de 232 marches. Cette tour a servi de point de guet et a joué un rôle dans des opérations géodésiques historiques. La façade occidentale et le portail monumental, récemment restaurés, comportaient autrefois quatre statues en pied aujourd'hui déposées dans le narthex et représentant saint Vincent, deux apôtres et saint Louis.
L'orgue, commandé en 1737 aux ateliers de Christophe Moucherel, se distingue par un buffet à cinq tourelles surmonté de statues et par des trophées d'instruments sculptés en bas-relief ; classé monument historique en 1984, il a fait l'objet d'une restauration récente. Les grandes orgues sont présentes dans la vie paroissiale et musicale locale, sous la responsabilité de l'organiste titulaire et de l'association qui organise le festival "Les Vents d'Anges". Le carillon, installé dans la tour, compte 54 cloches et se classe au dixième rang national ; il remonte à des transformations successives, depuis sept cloches en 1710 jusqu'à un nouvel ensemble de dix-sept cloches fondu en 1773, et inclut une cloche parrainée sous le nom de « l'Andrène ».
Le trésor de l'église comprend de nombreux objets inventoriés : le maître-autel et la chaire en marbres polychromes datent de 1773, le lutrin monumental et une statue en bois de saint Vincent proviennent de l'atelier de Jean‑Jacques Melair, et plusieurs toiles de Jacques Gamelin figurent parmi les peintures d'autel ; on y trouve également La communion de saint Jérôme de Pierre Subleyras et un Christ en croix de Nicolas Mignard. Parmi les personnalités liées à l'église figurent le baron Guillaume Peyrusse, ancien marguiller inhumé au cimetière Saint‑Vincent, et l'abbé Jean Cazaux, curé de 1975 à 1999, connu pour sa protestation de 1991 contre l'aménagement urbain autour du portail sud.