Origine et histoire de l'Église Saint-Saturnin
L'église Saint-Saturnin, édifiée aux XIIe siècle à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), possède un clocher classé au titre des monuments historiques en 1862. Elle est située au cœur de la commune, dans un quadrilatère formé par la Grande-Rue-Charles-de-Gaulle au nord, la rue Edmond-Vitry à l'est, la rue de l'Abbé-Guilleminault au sud et la rue Pasteur à l'ouest ; l'impasse Jeanne-Marguerite donne accès à son parvis et l'édifice se trouve dans l'ancien quartier dit des « Moineaux ». Le clocher date du XIIe siècle ; le chœur, les travées orientales de la nef et la flèche relèvent du XIIIe siècle, tandis que la nef et les collatéraux ont été remaniés et qu'une chapelle seigneuriale du Perreux a été édifiée au nord à la limite des XVe et XVIe siècles. La façade occidentale et la galerie-porche ont été refaites au XVIIe siècle. En 1853 l'architecte Naissant ajoute une travée à l'ouest et fait démolir la galerie-porche ; en 1913 l'architecte Édouard Jacquemin restaure l'église, l'agrandit de trois travées à l'ouest, supprime la façade de 1853 et installe au nord un porche gothique flamboyant provenant d'un couvent situé 16, rue de Varenne à Paris. Le cimetière paroissial est transféré en 1826. Lors de sa première phase de construction, aux XIe et première moitié du XIIe siècle, seul le clocher est élevé ; l'édifice est alors placé sous le patronage de saint Saturnin. La majeure partie de l'église est construite dans la seconde moitié du XIIe siècle sur le fief nommé « Moyneau » (ou « Moineau »), dit aussi « Beaulieu » ou « Garentières », don d'Adam II de Beaumont-Gâtinais. Avant cette construction, au IXe siècle, le domaine et le bourg de Nogent dépendaient de l'abbaye située sur l'actuelle commune de Saint-Maur-des-Fossés, et l'église relève du diocèse de Paris. Selon le prêtre et historien Jean Lebeuf, les premiers témoignages de l'existence de l'église au bas Moyen Âge sont contemporains de ceux du château de Plaisance. Au Moyen Âge, une coutume locale consistait à boire dans l'église le vin du terroir à la fin de la messe, anecdote rapportée par Arsène Houssaye. En 1721 le financier Joseph Pâris Duverney fit don d'un autel en coffret de bois de style rocaille, et en 1730 des travaux firent état de réparations de la tour et du beffroi. La Révolution française causa d'importantes dégradations, suivies de restaurations et du renouvellement d'éléments du mobilier et des parements liturgiques. En 1865 un cénotaphe élevé à la mémoire du peintre Antoine Watteau, orné d'un buste en marbre par Louis Auvray, est inauguré sur le parvis ; cette sculpture en marbre et pierre calcaire a été inscrite à l'inventaire général en 1989. Une fresque intérieure peinte en 1886 a été détruite en 1958. Le portail latéral gothique porte une plaque indiquant qu'il venait de la rue de Varenne, qu'il fut donné par Mesdames Smith Champion et réédifié ici en 1914 ; il appartenait à une chapelle du couvent des Récollettes et Léo Taxil a émis l'hypothèse qu'une façade de Saint-Sulpice aurait pu en être à l'origine. L'église présente un clocher roman de plan quadrangulaire, surmonté d'une flèche en pierre et d'une girouette en forme de coq ; sa façade occidentale est d'allure moderne. La nef centrale compte quatre travées — trois d'origine et une ajoutée ultérieurement — et le chœur s'achève par un chevet plat à doubles travées. Des piliers munis de colonnettes séparent les travées ; ils supportent des arcs-boutants et une voûte en croisées d'ogives. Le mobilier comprend l'autel secondaire dit « Autel de la Vierge », coffret en bois de 200 × 80 cm de style rocaille décoré d'angelots et portant les armes de la famille Pâris-Duerney, blasonnées « D'or à la face d'azur, chargée d'une pomme des champs, tigée et feuillée de sinople ». L'église conserve trois dalles funéraires : deux datées du XIIIe siècle figurant la sœur du chanoine Odon de Saint-Denis et Jehan de Plaisance, et la « dalle des époux » du XVIIIe siècle, inscrite à l'inventaire général le 19 novembre 1988. Dans la partie nord du chœur se trouve une huile sur toile du XVIIIe siècle, L'Adoration des bergers, copie de la Vierge aux Rochers, au format 191 × 138 cm dans un cadre en bois doré, inventoriée en 1880 puis réactualisée en 1985.