Origine et histoire de l'Église Saint-Sauveur
L’abbatiale Saint-Sauveur de Figeac, fondée en 838 par Pépin Ier d’Aquitaine à la demande de l’abbaye de Conques, visait à remplacer le monastère détruit de Jonant. Les moines de Figeac, refusant la tutelle de Conques, falsifièrent des documents pour dater leur fondation de 755 sous Pépin le Bref, déclenchant une rivalité marquée par des vols de reliques, comme celles de saint Vivien et saint Marcel ramenées de Saintes sous l’abbé Aymar. En 988, l’abbé Adacius agrandit l’église avant sa mort, mais le conflit persista jusqu’en 1074, quand Figeac élut saint Hugues de Cluny comme abbé pour se libérer de Conques.
La décision du pape Urbain II en 1096 rattacha définitivement Figeac à Cluny, apportant un siècle de stabilité et des restaurations majeures à la fin du XIIe siècle. Cependant, au XIIIe siècle, des tensions éclatèrent entre l’abbaye et les consuls de Figeac, refusant de financer les moines. Cette crise s’aggrava jusqu’en 1314, quand Cluny reprenait le contrôle, menant en 1329 à l’élévation des reliques de saint Sauveur et saint Marcel. Au XVe siècle, l’abbaye, en ruine après la guerre de Cent Ans, fut partiellement consolidée en 1438, mais sa dépendance à Cluny poussa Figeac à demander son rattachement direct au Saint-Siège en 1496.
Les guerres de Religion marquèrent un tournant tragique : en 1576, les calvinistes prirent Figeac et détruisirent partiellement l’abbatiale en 1577, faisant s’effondrer les voûtes et piliers. La reconstruction débuta en 1625, mêlant styles roman et gothique de manière anarchique, avec des chapiteaux romans posés sur des colonnes gothiques. Les travaux s’étalèrent jusqu’au XVIIIe siècle, incluant la reconstruction du dôme vers 1720. La Révolution française détruisit probablement le cloître et les bâtiments monastiques, mais la salle capitulaire subsista, transformée en chapelle Notre-Dame-de-Pitié en 1883.
Classée monument historique dès 1840, l’église subit des restaurations controversées au XIXe siècle, comme la destruction du massif occidental en 1823 par l’architecte Charles Malo, sauvant seulement quelques chapiteaux. Entre 1869 et 1900, l’abbé Massabie lança une campagne de restauration financée par des dons. En 1917, l’effondrement du dôme endommagea une partie de la nef, nécessitant des réparations ultérieures. Aujourd’hui, l’église conserve des traces de ses multiples reconstructions, reflétant son histoire tourmentée entre pouvoir religieux, conflits urbains et guerres.