Origine et histoire de l'Église Saint-Sauveur-et-Saint-Martin
L'église Saint-Sauveur-et-Saint-Martin de Saint-Macaire, située dans le département de la Gironde en Nouvelle-Aquitaine, est un ancien prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux. Fondée sur les ruines d'une villa gallo-romaine nommée Ligena, elle remplace une chapelle primitive dédiée à saint Laurent, où reposait le corps de saint Macaire, un ermite d'origine orientale mort vers 430. L'édifice actuel, de style roman, fut reconstruit après la destruction du monastère en 1096 par Guillaume IX d'Aquitaine, suite à des conflits avec l'abbaye Sainte-Croix.
L'église, classée Monument Historique dès 1840, présente un plan en croix latine avec trois absides romanes polygonales, une nef de quatre travées (dont une du XIIe siècle et trois du XIIIe), et un clocher hexagonal du XVe siècle. Son chevet, orné de 19 chapiteaux historiés, illustre des scènes bibliques et morales, comme le Sacrifice d'Isaac ou Saint Macaire et les démons. Les peintures murales des voûtes, datées des XIIIe–XIVe siècles et restaurées au XIXe, représentent des thèmes apocalyptiques et des épisodes de la Légende dorée de Jacques de Voragine.
Au fil des siècles, l'église subit des transformations majeures : séparation en deux parties par un mur au XVIIIe siècle (abattu en 1781), restaurations au XIXe siècle (charpente, façade, suppression du porche ouest), et redécouverte de vestiges préromans, comme des peintures du Xe–XIe siècles sous le cloître. Parmi ses trésors, on compte des vantaux en bois du XIIIe siècle, classés en 1913, et des reliquaires baroques. Les vitraux, installés en 1870 par Joseph Villiet, reflètent l’art néo-gothique.
Le prieuré, centre spirituel de l’Entre-deux-Mers, fut occupé par les Jésuites de 1579 à 1781. Son cloître, inscrit en 1925, conserve des colonnes jumelées et un réfectoire aniconique. Une pierre sculptée préromane, découverte dans les fondations (représentant un animal mythique), est exposée en mairie. L’iconographie romane, centrée sur la lutte contre le péché (luxure, tentation), témoigne de son rôle pédagogique dans la société médiévale.
Les conflits historiques, comme la guerre de Cent Ans ou la Fronde, endommagèrent l’édifice. Au XIXe siècle, des campagnes de restauration (1825, 1841) sauvent l’église, dont la voûte s’effondrait en 1563 et 1811. Les peintures, retouchées par Sandré en 1825, furent étudiées en 1997 et restaurées en 2008–2009, révélant des couleurs originales (bleu aurite, rouge cinabre) sous les reprises modernes. Aujourd’hui, l’église allie patrimoine roman, gothique et baroque, reflétant son histoire mouvementée.