Origine et histoire de l'Église Saint-Savinien
L'église Saint-Savinien de Saint-Savinien, édifiée entre les XIIe et XIIIe siècles, succède à un prieuré mentionné dès 1039, dont aucun vestige ne subsiste. De style roman saintongeais, sa façade sobre à deux niveaux est rythmée par des modillons sculptés (motifs animaliers et masques humains) et un portail à cinq voussures en arc brisé. Le sanctuaire, en forme de croix latine, comprend une nef unique de trois travées prolongée par une abside hémicylindrique voûtée en cul-de-four. Le clocher, reconstruit au XIVe siècle dans un style gothique Plantagenêt, domine le croisillon nord et reste inachevé, faute d’avoir supporté la flèche prévue.
Fortement endommagée pendant la guerre de Cent Ans — lorsque la Charente marquait la frontière entre territoires anglais et français — puis durant les conflits religieux du XVIe siècle, l’église subit plusieurs campagnes de restauration. Au XIXe siècle, sous l’impulsion des curés Le Moal et Knutt, le chevet plat (endommagé pendant les guerres de Religion) est remplacé par une abside, tandis que les voûtes sont reprofilées en ogives et qu’une tribune est ajoutée. La chapelle Notre-Dame, au nord, abrite seize statues de personnages bibliques. Ces transformations majeures, bien que controversées, ont préservé l’édifice jusqu’à son classement partiel aux Monuments Historiques en 1910 (façade, nef, clocher), complété en 2014 par l’inscription du chœur et des vestiges du prieuré.
L’église est indissociable de la légende de saint Savinien, évêque de Sens martyrisé vers 250 et dont les reliques, déposées au XIIe siècle dans le monastère augustinien voisin, lui valurent sa dédicace. Ce monastère, fondé au XIIIe siècle et détruit par les huguenots en 1568, joua un rôle central dans la vie religieuse locale. La proximité de la Charente, artère fluviale majeure, fit de Saint-Savinien un carrefour stratégique dès le Moyen Âge, où l’église servit aussi de lieu de justice et de prison pendant la Révolution.
Architecturalement, la façade illustre la transition entre roman et gothique : le portail à voussures alterne avec des arcatures aveugles, tandis que le second niveau, percé d’une baie centrale à colonnettes historiées, reprend cette symétrie. Les modillons, typiques de l’art roman saintongeais, mêlent figures humaines et animaux fantastiques. À l’intérieur, la nef unique, initialement charpentée, fut voûtée d’ogives lors des restaurations du XIXe siècle, altérant partiellement son caractère roman. Le clocher, avec ses baies géminées et ses contreforts, témoigne quant à lui de l’influence anglo-aquitaine du XIVe siècle.
Le site, occupé dès la Protohistoire, fut un oppidum celte nommé Condate (confluent), puis un lieu d’extraction de pierre sous les Romains, comme en attestent les carrières souterraines encore visibles. Ces dernières, aujourd’hui refuges pour 18 espèces de chauves-souris, rappellent l’importance stratégique du rocher surplombant la Charente. L’église, cœur du bourg médiéval, fut aussi un symbole de résistance pendant les guerres de Religion, lorsque la région fut un bastion protestant. Son rôle dans la justice révolutionnaire (le transept nord servit de tribunal) souligne son ancrage dans l’histoire locale, entre spiritualité et pouvoir temporel.