Origine et histoire de l'Église Saint-Sulpice
L'église Saint-Sulpice de Chars est une église catholique paroissiale située rue de l'Église, dans le village de Chars (Val‑d'Oise), dans la vallée de la Viosne au sein du Parc naturel régional du Vexin français. Édifiée lors d'une campagne de construction unique, elle voit la nef et les bas‑côtés achevés vers 1145 et la partie haute du chœur se mettre en place vers 1210. Son plan relève de l'apogée de l'architecture romane et l'élévation conserve, dans ses grandes lignes, la conception d'origine, tandis que le chœur illustre la transition vers le gothique primitif. L'élévation du chœur, structurée sur quatre niveaux, est d'une ambition exceptionnelle et ne trouve que quelques parallèles en France. L'intérieur dégage une grande élégance malgré des remaniements des XVIe et XVe siècles, dont la reconstruction de trois piles de la croisée du transept, et l'élévation d'un clocher de style Renaissance. La façade occidentale, tournée vers le bourg, s'ouvre sur un petit parvis entre la rue de l'Église et la rue de la Gloriette ; l'église est dégagée sur ses côtés, mais le chevet est adossé à un coteau boisé qui empêche une vue d'ensemble reculée et la proximité des maisons limite la perspective sur la façade sud. Aucun document antérieur au XIIe siècle n'est connu ; sous l'Ancien Régime la cure dépendait de l'archidiocèse de Rouen et fut successivement rattachée à des abbayes dont Saint‑Martin de Pontoise puis Saint‑Denis. Les observations architecturales montrent une interruption ou une reprise des travaux entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe siècle, expliquant la coexistence d'éléments romans et gothiques. Les voûtes du déambulatoire et les absidioles remontent au XIIe siècle, tandis que des galeries en encorbellement et certaines nervures relèvent du siècle suivant. Après l'effondrement du clocher central au XVIe siècle, les doubleaux et les voûtes du transept et du chœur furent refaits et trois des quatre piles de la croisée reconstruits ; seule la pile nord‑est est restée intacte depuis le XIIe siècle. Un nouveau clocher fut élevé au dessus de la quatrième travée du bas‑côté sud : la date de 1562 est gravée au second étage et la balustrade porte la date d'achèvement vers 1576. Classée parmi les monuments historiques en 1840, l'église fut déclassée en 1845 après des travaux maladroits et continua à se dégrader jusqu'à une souscription locale complétée par l'engagement de plusieurs curés qui permirent d'importantes réparations en 1868–1870. Les interventions du XIXe siècle comprirent le renforcement des contreforts du chevet, la reconstruction d'arcs‑boutants et la reprise de piliers, mais aussi des opérations contestées comme l'élévation du niveau du sol de la nef qui entraîna l'enfouissement des bases des colonnes. La protection au titre des monuments historiques fut rétablie par décret en 1912 ; des travaux subventionnés au XXe siècle firent restaurer le clocher en 1925, réparer le pourtour du chevet et remplacer après 1944 les vitraux endommagés par des créations de Francis Chigot en 1956, tandis que toitures et maçonneries furent reprises jusqu'en 1965. Les restaurations anciennes suscitent encore des débats : si certains spécialistes reconnaissent que l'action des habitants a sauvé l'édifice, d'autres critiquent l'authenticité de certaines dispositions et l'impact des restaurations maladroites. Depuis la création du diocèse de Pontoise en 1966, Chars n'est plus une paroisse indépendante et dépend du groupement paroissial d'Avernes et Marines ; les messes dominicales y sont célébrées de façon irrégulière, quelques fois par an. Le plan de l'église associe une nef de quatre travées flanquée de bas‑côtés, un transept non saillant, un chœur de deux travées avec déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes ; le vaisseau central conserve une largeur constante sur toute sa longueur. Les travées sont voûtées en ogives sauf l'abside et les absidioles, qui conservent des voûtes en compartiments ; la plupart des voûtes remaniées au XVIe siècle conservent un vocabulaire gothique flamboyant sobre. La nef, étroite (4,92 m entre murs, 4,16 m entre piliers), présente une élévation sur deux niveaux composée des grandes arcades et d'un étage de fenêtres hautes ; la lumière y reste tamisée en raison de petites baies en plein cintre haut placées et de l'ombre du clocher. Les chapiteaux des grandes arcades offrent une sculpture raffinée, dominée par des feuilles d'acanthe, des rinceaux et quelques chapiteaux historiés, motifs qui renvoient à l'influence de Saint‑Denis et d'autres ensembles régionaux. Le transept, plus élevé que la nef, développe triforia et galeries ouvertes sur combles ; le carré du transept présente aux angles des massifs octogonaux dus aux remaniements, à l'exception de la pile nord‑est d'origine. Le chœur, organisé sur quatre niveaux, associe une travée d'entrée trapézoïdale et une abside à cinq pans ; ses arcades à double rouleau, ses tailloirs octogonaux et ses oculi polylobés témoignent d'une conception ambitieuse qui anticipe les grands chœurs gothiques. Le déambulatoire conserve des voûtes d'ogives du XIIe siècle et les chapelles rayonnantes, remaniées au fil du temps, présentent des remplages flamboyants ; les clés de voûte portent parfois des écus mutilés et des inscriptions anciennes. À l'extérieur, la façade occidentale romane du milieu du XIIe siècle présente un portail en plein cintre à archivoltes décorées et une arcature plaquée surmontée d'un pignon ; la grande rosace du croisillon sud, intacte depuis la fin du XIIe siècle et d'environ 3,45 m de diamètre, est un élément remarquable et remarquablement conservé. Le clocher Renaissance, volumineux et dépourvu de flèche, s'ouvre par des baies d'abat‑sons et se distingue par des entablements et une tourelle d'escalier octogonale qui donne accès aux galeries ; les chevets et chapelles montrent des contreforts et des arcs‑boutants de différentes époques, du XIIIe au XVe‑XVIe siècle. Le mobilier protégé comprend une chaire à prêcher et un lutrin‑aigle en bois des XVIIIe siècles, ainsi qu'une cloche en bronze datée de 1506 nommée Marie ; le reste du mobilier est en grande partie postérieur à la Révolution.