Origine et histoire de l'Église Saint-Sulpice
L’église Saint-Sulpice de Saint-Sulpice-de-Favières, située dans le département de l’Essonne en Île-de-France, est un édifice gothique rayonnant des XIIIe et XIVe siècles. Sa taille imposante, disproportionnée par rapport au village modeste, s’explique par son statut d’église de pèlerinage, l’un des plus importants du diocèse de Paris. Ce pèlerinage, favorisé par Saint Louis, attirait des fidèles grâce aux reliques de saint Sulpice de Bourges, évêque du VIIe siècle, conservées dans l’église. L’édifice, inachevé à la mort de son architecte, présente une nef partiellement détruite ou inachevée, tandis que le chœur, d’une hauteur de 22,80 mètres, illustre la maîtrise du style gothique rayonnant.
La construction de l’église débute vers 1260, sous l’impulsion d’un architecte expérimenté, probablement lié aux chantiers royaux. Les travaux s’interrompent avant la fin du XIIIe siècle, faute de financement, et ne reprennent qu’au XIVe siècle pour achever la façade occidentale. La nef, dépourvue de voûtes et de fenêtres hautes, contraste avec le chœur, richement orné de verrières et d’arcatures plaquées. L’église, classée monument historique dès 1840, subit des restaurations majeures aux XIXe et XXe siècles, notamment sous la direction de Juste Lisch et de l’abbé Fernand Boulard, qui redonnent au chœur sa splendeur d’antan.
Le pèlerinage de Saint-Sulpice-de-Favières, attesté depuis le XIIIe siècle, connaît un essor remarquable grâce à des guérisons miraculeuses rapportées sous le règne de Saint Louis. Au XVIIe siècle, l’abbé François Bouvier relance le culte et restaure l’église avec l’aide de la famille Lamoignon, préservant ainsi son rôle spirituel. Malgré les ravages de la Révolution française, qui voit le pillage des reliques et la destruction partielle du mobilier, l’église reste un lieu de culte actif. Aujourd’hui, elle abrite encore des messes dominicales et conserve des éléments mobiliers classés, dont des stalles du XVe siècle et des vitraux des XIIIe et XIVe siècles.
L’architecture de l’église se distingue par son élévation lumineuse et ses innovations gothiques. Les collatéraux, d’une hauteur de 11 mètres, sont percés de vastes baies aux remplages complexes, inspirés de la Sainte-Chapelle de Saint-Germain-en-Laye. L’abside, chef-d’œuvre du gothique rayonnant, présente une claire-voie à trois niveaux de fenêtres, maximisant la lumière intérieure. La chapelle des Miracles, vestige du XIIe siècle, abrite des reliques et des éléments sculptés remarquables, comme une statue de sainte Barbe du XVe siècle. L’extérieur, sobre mais élégant, révèle des contreforts et des arcs-boutants typiques de l’époque.
L’histoire de la paroisse est marquée par des périodes de déclin, notamment pendant la guerre de Cent Ans, où le village se dépeuple et l’église tombe en ruine. Au XVIIe siècle, l’abbé Bouvier redynamise la vie religieuse en fondant la confrérie de Saint-Sulpice et en restaurant l’édifice. Les reliques, sauvées par des paroissiens pendant la Révolution, sont restituées en 1817. Le pèlerinage, interrompu en 1870, est rétabli en 1912, perpétuant la tradition spirituelle du lieu. Aujourd’hui, l’église, toujours active, témoigne de ce passé riche et mouvementé.