Frise chronologique
vers 1050
Fondation du prieuré clunisien
Fondation du prieuré clunisien
vers 1050 (≈ 1050)
Don de terres aux moines.
XIe–XIIe siècles
Construction de l'église
Construction de l'église
XIe–XIIe siècles (≈ 1250)
Travaux étalés sur deux siècles.
1470
Déclin du prieuré
Déclin du prieuré
1470 (≈ 1470)
Bâtiments en ruine, prieur isolé.
1773–1787
Alertes du curé Laproye
Alertes du curé Laproye
1773–1787 (≈ 1780)
Église menacée d’effondrement.
1840
Classement monument historique
Classement monument historique
1840 (≈ 1840)
Première liste de Mérimée.
1858–1889
Restaurations majeures
Restaurations majeures
1858–1889 (≈ 1874)
Nef et voûtes reconstruites.
1995
Dernière campagne de travaux
Dernière campagne de travaux
1995 (≈ 1995)
Sauvegarde du patrimoine.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise : classement par liste de 1840
Personnages clés
| Prosper Mérimée - Inspecteur des Monuments historiques |
Classa l’église en 1840. |
| Jean-Baptiste Laproye - Curé de Jailly (1773–?) |
Acheta l’église à la Révolution. |
| Massillon Rouvet - Architecte diocésain |
Releva l’église en 1876. |
| François Gabriel du Verne - Prieur (1731–1745) |
Constata la pauvreté de l’édifice. |
| Paul Sébillot - Folkloriste |
Recueillit la légende des fées. |
Origine et histoire
L'église Saint-Sylvestre de Jailly, édifiée au XIIe siècle dans la Nièvre, est un remarquable exemple d’architecture romane. Classée monument historique dès 1840 grâce à l’intervention de Prosper Mérimée, elle se distingue par sa construction en gradins adaptée à la pente du terrain. Son chevet pentagonal, ses absidioles et son clocher octogonal ajouré de baies géminées illustrent la maîtrise des bâtisseurs médiévaux. Une légende locale attribue sa construction inachevée aux fées, incapables de terminer l’ouvrage avant minuit.
À l’origine, l’église appartenait à un prieuré clunisien fondé vers 1050, dont les moines reçurent des terres de la commune. Les travaux, débutés au XIe siècle, s’étalèrent jusqu’au XIIe, mais le monastère déclina dès le Moyen Âge tardif. Les visites clunisiennes des XIVe et XVe siècles décrivent un lieu « de faible valeur », avec des bâtiments en ruine et un mobilier liturgique dégradé. En 1470, seul le prieur résidait encore sur place. Les siècles suivants aggravèrent la détérioration : en 1773, le curé Jean-Baptiste Laproye alerte sur l’état critique de l’édifice, menacé d’effondrement.
La Révolution marqua un tournant : l’église, devenue bien national, fut rachetée par le curé Laproye, qui la légua à la commune à sa mort. Les bâtiments prieuraux, quant à eux, furent détruits vers 1833. Plusieurs campagnes de restauration, notamment en 1858-1859 et 1887-1889, permirent de sauver l’édifice. La nef, partiellement reconstruite, conserve une travée trapézoïdale due à un défaut d’alignement. Le portail, orné de sculptures romanes (animaux affrontés, masques, entrelacs), fut restauré en 1887 après une première intervention de Mérimée en 1835.
L’intérieur révèle un chœur bénédictin à deux travées voûtées en berceau, flanqué d’absidioles peu profondes. La croisée du transept, surmontée d’une coupole octogonale sur trompes, supporte un clocher inspiré de ceux de Cluny ou de La Charité-sur-Loire. Les chapiteaux, d’une décoration parfois naïve (volutes, dents-de-scie, feuilles stylisées), contrastent avec la sobriété des élévations. Une cloche en bronze de 1567, classée monument historique en 1943, témoigne du patrimoine mobilier préservé.
Le folklore local, recueilli par Paul Sébillot, évoque des fées ayant bâti l’église en une nuit, sans pouvoir l’achever avant l’aube. Cette légende, reprise par l’architecte Massillon Rouvet en 1876, explique l’état inachevé de la façade. Selon la tradition, les tentatives ultérieures de réparations échouèrent mystérieusement. Aujourd’hui, l’église, ouverte en été, domine la vallée de la Canne et reste un symbole du patrimoine rural nivernais.