Origine et histoire
L'église Saint-Symphorien de Genouilly, située dans le département du Cher en région Centre-Val de Loire, est un édifice dont les parties les plus anciennes remontent au dernier quart du XIIe siècle. La nef, dépourvue de transept, et le chœur à abside hémicirculaire extérieurement (polygonale intérieurement) témoignent de cette période romane tardive. Le clocher-porche, caractéristique avec ses contreforts à glacis, fut élevé au début du XIIIe siècle, marquant la transition vers l’art gothique. Les chapiteaux romans, ornés de feuilles d’acanthe ou de motifs grotesques, contrastent avec les voûtes ogivales ajoutées ultérieurement, reflétant l’influence architecturale angevine visible dans les arcs bombés du chœur.
Au XVIe siècle, les seigneurs de la Maisonfort, Gabriel de la Châtre de Nançay et son épouse Jeanne Sanglier, puis leur fils Claude Ier de La Châtre et son épouse Anne Robertet, financèrent d’importants aménagements. Les murs latéraux du chœur furent démolis pour construire deux chapelles latérales à voûtes flamboyantes, dont une clé porte la date de 1536. Ces chapelles abritent des vitraux classés monuments historiques en 1892, attribués à l’atelier du maître verrier bourguignon Jean Lécuyer. Les verrières, restaurées à plusieurs reprises (XIXe, XXe et années 1975-1978), mêlent scènes religieuses (Annonciation, saints Cosme et Antoine) et motifs Renaissance, comme des angelots ou des coquilles.
Le cénotaphe Renaissance de la chapelle sud, érigé à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle, commémore initialement Gabriel de la Châtre, mais accueillit en 1614 le corps de son petit-fils, le maréchal Claude de La Châtre, avant son transfert à Bourges. Ce monument, orné d’attributs guerriers (heaume, boucliers) et de rinceaux, fut partiellement altéré au XXe siècle par l’ajout d’une plaque commémorative de la Première Guerre mondiale. L’église, protégée depuis 1927, illustre ainsi l’évolution des styles architecturaux et le mécénat seigneurial en Berry, entre héritage roman, innovations gothiques et Renaissance.
La nef, autrefois couverte d’un berceau de bois, fut remodelée au XIXe siècle avec des voûtes de pierre et des ogives en plâtre, altérant son aspect originel. Le portail primitif, visible sous le porche, conserve des voussures à chapiteaux à crochets, typiques du XIIIe siècle. Les absidioles à pans coupés, adjacentes aux chapelles, répètent le plan roman du chœur tout en intégrant des décors flamboyants (culs-de-lampe historiés, pampres). L’autel du XVIIIe siècle et les stalles proviennent de la chapelle du château de la Maisonfort, soulignant les liens étroits entre l’édifice religieux et la seigneurie locale.
Les vitraux des chapelles latérales, commandés en 1536, sont parmi les mieux conservés du Cher. Ils représentent des scènes hagiographiques (sainte Anne enseignant la Vierge, saint Claude) et des motifs symboliques (dragon foulé par sainte Marthe, palme de sainte Marguerite). Leur style rappelle celui de Jean Lécuyer, actif à Bourges, où son atelier réalisa en 1544 un vitrail célèbre pour l’église Saint-Bonnet. Les restaurations successives, parfois malmenées, ont permis de préserver ces ensembles, complétés au XXe siècle par des panneaux contemporains lors de la campagne 1975-1978.
L’église, inscrite aux monuments historiques en 1927, incarne la synthèse des courants artistiques qui ont traversé le Berry. Son chevet roman, ses chapelles gothiques flamboyantes et son mobilier Renaissance en font un témoignage rare de l’histoire locale, marqué par l’influence des familles nobles (La Châtre, Robertet) et des artisans verriers. La route d’Anjouin, où elle se dresse, rappelle son rôle central dans la vie communautaire et religieuse de Genouilly, depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque moderne.