Origine et histoire de l'Église Saint-Symphorien et de la croix
L'église Saint-Symphorien de Nesles-la-Vallée, située dans le Val-d'Oise, est un édifice gothique rural construit entre 1185 et 1200, avec un clocher roman antérieur (vers 1130-1140). Elle se distingue par son homogénéité architecturale, résultat d’une campagne de construction unique, et par ses voûtes sexpartites dans la nef, une rareté pour une église de cette taille. Le clocher, admiré par Eugène Viollet-le-Duc pour son harmonie, est l’un des mieux conservés de la région, avec une flèche octogonale en pierre et des baies ornées de têtes grimaçantes.
La nef, influencée par les cathédrales gothiques naissantes, présente une élévation à trois niveaux (grandes arcades, triforium, fenêtres hautes) et un éclairage généreux. Le chœur, plus sobre, fut achevé après la nef, vers 1200-1220, avec des chapelles latérales. Le portail occidental, bien que mutilé, est cité pour sa pureté stylistique. L’église fut classée monument historique en 1862, déclassée en 1879 en raison de son état, puis restaurée et reclaussée en 1910 sous la direction de Gabriel Ruprich-Robert.
L’histoire de l’église est marquée par des restaurations controversées au XIXe siècle, notamment par l’architecte Vernier, critiqué pour avoir altéré les sculptures et les moulures. Le clocher, restauré par Edouard Danjoy, conserva davantage son authenticité. La façade occidentale, refaite en 1581, intègre une rosace ornée de motifs floraux et géométriques. L’édifice abrite un mobilier remarquable, dont une Vierge du XIVe siècle et des fonts baptismaux du XIIIe siècle, témoins de la dévotion locale.
Sous l’Ancien Régime, la paroisse dépendait du diocèse de Beauvais, et sa cure était nommée par l’évêque. La dîme était partagée entre plusieurs institutions religieuses, reflétant l’importance économique du village. Après la Révolution, Nesles-la-Vallée fut rattachée au diocèse de Versailles, puis à celui de Pontoise en 1966. Aujourd’hui, l’église reste un lieu de culte actif, au cœur d’une paroisse regroupant huit villages du Vexin français.
L’architecture de Saint-Symphorien illustre la transition entre le style roman (clocher) et le gothique primitif (nef et chœur). Son plan, sans transept, et ses voûtes sexpartites sans colonnes faibles révèlent une adaptation audacieuse des techniques cathédrales à une église rurale. Les contreforts extérieurs, les corniches beauvaisines et les chapiteaux sculptés (feuilles d’eau, têtes monstrueuses) soulignent le savoir-faire des artisans locaux. Malgré les restaurations, l’édifice conserve des éléments authentiques, comme les modillons du chevet ou les culots du bas-côté nord.