Frise chronologique
VIe siècle
Origines du lieu de culte
Origines du lieu de culte
VIe siècle (≈ 650)
Premier sanctuaire dédié à saint Thomas.
820
Reconstruction par Adeloch
Reconstruction par Adeloch
820 (≈ 820)
Église et école reconstruites par l’évêque.
1007
Incendie dévastateur
Incendie dévastateur
1007 (≈ 1007)
Destruction avec la cathédrale et habitations.
1196–1521
Reconstruction gothique
Reconstruction gothique
1196–1521 (≈ 1359)
Mélange de styles roman et gothique.
1524
Passage au protestantisme
Passage au protestantisme
1524 (≈ 1524)
Premier culte luthérien en vernaculaire.
1648
Traité de Westphalie
Traité de Westphalie
1648 (≈ 1648)
Reconnaissance du protestantisme alsacien.
1741
Orgue Silbermann installé
Orgue Silbermann installé
1741 (≈ 1741)
Célébré par Mozart en 1778.
1776
Inauguration mausolée de Saxe
Inauguration mausolée de Saxe
1776 (≈ 1776)
Première reconnaissance publique protestante post-révocation.
1862
Classement monument historique
Classement monument historique
1862 (≈ 1862)
Protection de l’édifice et de sa rose.
1906
Orgue de chœur par Schweitzer
Orgue de chœur par Schweitzer
1906 (≈ 1906)
Conçu selon ses plans musicaux.
2009
Ajout de quatre cloches
Ajout de quatre cloches
2009 (≈ 2009)
Sonnerie protestante la plus lourde de France.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise Saint-Thomas : classement par liste de 1862
Personnages clés
| Adeloch - Évêque de Strasbourg (IXe siècle) |
Reconstruit l’église et fonde l’école. |
| Martin Bucer - Réformateur protestant (1491–1551) |
Pasteur à Saint-Thomas, unificateur des courants. |
| Marc Otto - Chanoine de Saint-Thomas |
Signataire des traités de Westphalie (1648). |
| Jean-Baptiste Pigalle - Sculpteur (1714–1785) |
Auteur du mausolée du maréchal de Saxe. |
| Albert Schweitzer - Théologien, organiste (1875–1965) |
Conçoit l’orgue de chœur en 1906. |
| Maurice de Saxe - Maréchal de France (1696–1750) |
Son mausolée baroque y est érigé. |
Origine et histoire
L’église Saint-Thomas de Strasbourg, aussi appelée Thomaskirche, est située place Saint-Thomas dans le quartier historique, près de la Petite France. Elle est l’une des églises les plus emblématiques de la ville, tant pour son architecture que pour son rôle central dans l’histoire du protestantisme alsacien. Classée monument historique en 1862, elle se distingue comme la seule église-halle de la région, avec cinq vaisseaux d’égale hauteur, et comme un lieu de culte luthérien ayant conservé un chapitre de chanoines, une singularité dans le paysage religieux.
L’origine de l’église remonte au VIe siècle, avec un premier lieu de culte dédié à saint Thomas. Au IXe siècle, l’évêque Adeloch y fait reconstruire une église et une école vers 820. Le site subit deux destructions majeures : un incendie en 1007, qui ravage aussi la cathédrale Notre-Dame, et un impact de foudre en 1144. La reconstruction débute en 1196, mêlant styles roman (tour-porche, transept) et gothique primitif (fenêtres). Les travaux, interrompus à plusieurs reprises, s’achèvent en 1521 avec la chapelle des Saints-Évangélistes, dans un gothique tardif encore visible aujourd’hui.
La Réforme protestante, prêchée par Luther en 1517, transforme Saint-Thomas dès 1524 en un bastion luthérien. Le premier culte en langue vernaculaire y est célébré cette année-là, marquant un tournant. Le chapitre de chanoines, préservé malgré la Réforme, joue un rôle clé dans l’organisation du protestantisme strasbourgeois. Des figures comme Martin Bucer, pasteur à Saint-Thomas, y œuvrent pour unifier les courants protestants. En 1681, après les traités de Westphalie (1648) et la restitution de la cathédrale Notre-Dame aux catholiques, Saint-Thomas devient la principale église protestante de Strasbourg.
L’église abrite des trésors artistiques et historiques, comme le mausolée baroque du maréchal Maurice de Saxe (1776), œuvre de Jean-Baptiste Pigalle, ou le sarcophage roman de l’évêque Adeloch (1130). Ses orgues, notamment celui de Johann Andreas Silbermann (1741), sont renommés : Mozart en vante la sonorité en 1778. L’orgue de chœur, conçu par Albert Schweitzer en 1906, témoigne de son engagement pour la musique sacrée. La rose médiévale de la façade (vers 1250), partiellement préservée, et une fresque gothique tardive de saint Michel (XVe siècle) comptent parmi ses joyaux.
Au XIXe siècle, sous annexion allemande, Saint-Thomas devient un foyer de renouveau liturgique protestant. Friedrich Spitta y expérimente de nouvelles formes de culte, et Julius Smend y prêche à partir de 1893. Le Gesangbuch für Elsaß-Lothringen (livre de chants) y est élaboré entre 1894 et 1899. Après 1945, l’église est restaurée et adaptée pour des usages polyvalents : concerts, expositions, et cultes bilingues (français et allemand). Son chapitre gère toujours le Foyer Jean Sturm et le Séminaire protestant adjacent.
Aujourd’hui, Saint-Thomas allie patrimoine et modernité. Ses six cloches, dont un bourdon de 1783 et quatre ajoutées en 2009, en font l’une des plus grosses sonneries protestantes de France. Ses vitraux contemporains, signés Gérard Lardeur (1985), dialoguent avec le mausolée de Saxe. Classée depuis 1862, elle incarne à la fois l’héritage médiéval strasbourgeois, la Réforme, et la vitalité culturelle alsacienne.
Devenir actuel
Le Chapitre de Saint-Thomas a toujours la charge du Foyer Jean Sturm, ainsi que du Séminaire protestant installé dans le bâtiment baroque voisin. Deux cultes luthériens y sont célébrés chaque dimanche, l'un en allemand et l'autre en français.