Origine et histoire de l'Église Saint-Thomas
L’église Saint-Thomas de Strasbourg, aussi appelée Thomaskirche, est située place Saint-Thomas dans le quartier historique, près de la Petite France. Elle est l’une des églises les plus emblématiques de la ville, tant pour son architecture que pour son rôle central dans l’histoire du protestantisme alsacien. Classée monument historique en 1862, elle se distingue comme la seule église-halle de la région, avec cinq vaisseaux d’égale hauteur, et comme un lieu de culte luthérien ayant conservé un chapitre de chanoines, une singularité dans le paysage religieux.
L’origine de l’église remonte au VIe siècle, avec un premier lieu de culte dédié à saint Thomas. Au IXe siècle, l’évêque Adeloch y fait reconstruire une église et une école vers 820. Le site subit deux destructions majeures : un incendie en 1007, qui ravage aussi la cathédrale Notre-Dame, et un impact de foudre en 1144. La reconstruction débute en 1196, mêlant styles roman (tour-porche, transept) et gothique primitif (fenêtres). Les travaux, interrompus à plusieurs reprises, s’achèvent en 1521 avec la chapelle des Saints-Évangélistes, dans un gothique tardif encore visible aujourd’hui.
La Réforme protestante, prêchée par Luther en 1517, transforme Saint-Thomas dès 1524 en un bastion luthérien. Le premier culte en langue vernaculaire y est célébré cette année-là, marquant un tournant. Le chapitre de chanoines, préservé malgré la Réforme, joue un rôle clé dans l’organisation du protestantisme strasbourgeois. Des figures comme Martin Bucer, pasteur à Saint-Thomas, y œuvrent pour unifier les courants protestants. En 1681, après les traités de Westphalie (1648) et la restitution de la cathédrale Notre-Dame aux catholiques, Saint-Thomas devient la principale église protestante de Strasbourg.
L’église abrite des trésors artistiques et historiques, comme le mausolée baroque du maréchal Maurice de Saxe (1776), œuvre de Jean-Baptiste Pigalle, ou le sarcophage roman de l’évêque Adeloch (1130). Ses orgues, notamment celui de Johann Andreas Silbermann (1741), sont renommés : Mozart en vante la sonorité en 1778. L’orgue de chœur, conçu par Albert Schweitzer en 1906, témoigne de son engagement pour la musique sacrée. La rose médiévale de la façade (vers 1250), partiellement préservée, et une fresque gothique tardive de saint Michel (XVe siècle) comptent parmi ses joyaux.
Au XIXe siècle, sous annexion allemande, Saint-Thomas devient un foyer de renouveau liturgique protestant. Friedrich Spitta y expérimente de nouvelles formes de culte, et Julius Smend y prêche à partir de 1893. Le Gesangbuch für Elsaß-Lothringen (livre de chants) y est élaboré entre 1894 et 1899. Après 1945, l’église est restaurée et adaptée pour des usages polyvalents : concerts, expositions, et cultes bilingues (français et allemand). Son chapitre gère toujours le Foyer Jean Sturm et le Séminaire protestant adjacent.
Aujourd’hui, Saint-Thomas allie patrimoine et modernité. Ses six cloches, dont un bourdon de 1783 et quatre ajoutées en 2009, en font l’une des plus grosses sonneries protestantes de France. Ses vitraux contemporains, signés Gérard Lardeur (1985), dialoguent avec le mausolée de Saxe. Classée depuis 1862, elle incarne à la fois l’héritage médiéval strasbourgeois, la Réforme, et la vitalité culturelle alsacienne.