Frise chronologique
1140-1150
Construction de l'église
Construction de l'église
1140-1150 (≈ 1145)
Bâtie par le chapitre de Saint-Eutrope de Saintes.
XVe siècle
Remaniement du clocher
Remaniement du clocher
XVe siècle (≈ 1550)
Tour octogonale ajoutée, souche médiévale conservée.
1783
Litres funéraires des Guillard
Litres funéraires des Guillard
1783 (≈ 1783)
Traces de la famille noble locale.
1862
Classement monument historique
Classement monument historique
1862 (≈ 1862)
Première protection officielle de l'édifice.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise Saint-Trojan : classement par liste de 1862
Personnages clés
| Saint Trojan - Cinquième évêque de Saintes |
Dédicataire de l’église, figure religieuse locale. |
| Chapitre de Saint-Eutrope de Saintes - Commanditaire de la construction |
Institution religieuse à l’origine de l’édifice (1140-1150). |
| Famille Guillard - Noblesse locale (XVIIIe siècle) |
Litres funéraires datées de 1783 dans l’église. |
| Famille Brétinauld de Saint-Seurin - Noblesse associée au monument |
Traces héraldiques dans l’édifice. |
Origine et histoire
L'église Saint-Trojan de Rétaud, dédiée au cinquième évêque de Saintes, fut construite vers 1140-1150 par le chapitre de Saint-Eutrope de Saintes. De style roman saintongeais, elle se compose d’une nef à trois travées originellement voûtée en berceau, d’un clocher octogonal du XVe siècle (remplaçant une structure antérieure), et d’un chœur terminant en abside hémicirculaire voûtée en cul-de-four. Cinq fenêtres en plein cintre, encadrées d’arcades et de colonnettes sculptées, éclairent l’abside. L’édifice subit des dommages lors des guerres de Religion, son clocher étant alors fortifié et doté de meurtrières encore visibles.
La décoration intérieure, sobre, concentre ses ornements dans le chœur et l’abside. La nef, dépourvue de voûte d’origine, abrite des traces de litres funéraires (XVIIe-XVIIIe siècles) et des armoiries grattées à la Révolution. Les chapiteaux historiés de l’arc triomphal et de l’abside représentent des scènes symboliques : lions bicorporés, hommes tirant des tresses capillaires, ou masques démoniaques. Ces sculptures, ainsi que les modillons de la façade et de l’abside (démons, animaux, têtes humaines), reflètent l’iconographie romane liée aux péchés capitaux. La façade occidentale, sobre, présente un portail à trois voussures et une corniche à modillons atypiques, incluant des têtes paisibles peut-être attribuées aux sculpteurs eux-mêmes.
Classée monument historique dès 1862, l’église illustre les spécificités de l’art roman saintongeais : contreforts-colonnes « télescopiques » de l’abside, arcatures finement sculptées, et réemploi de pierres (comme le masque de félin du pignon). Son clocher, bien que remanié au XVe siècle, conserve une souche médiévale. Les modillons (une quarantaine autour de l’abside) dépeignent des thèmes moralisateurs – démons, pécheurs, animaux symboliques – absents des représentations musicales habituelles. Des comparaisons stylistiques lient Saint-Trojan aux églises de Rioux et Corme-Écluse, soulignant son ancrage dans le patrimoine régional.
L’édifice, propriété de la commune de Rétaud, témoigne des transformations subies au fil des siècles : destruction partielle des voûtes, ajouts défensifs, et effacements révolutionnaires. Son plan en croix latine (nef, transept réduit à des contreforts, abside à sept pans) et ses fenêtres étroites en plein cintre rappellent les canons romans, tandis que les traces de polychromie disparue évoquent une richesse décorative passée. Les litres funéraires des familles Guillard (1783) et Brétinauld de Saint-Seurin rappellent son rôle de lieu de mémoire aristocratique.
Les sculptures du sanctuaire offrent un répertoire iconographique varié : l’arc triomphal montre des hommes domptant des lions (symboles du mal ?), tandis que les chapiteaux de l’abside mêlent motifs végétaux et scènes énigmatiques (têtes démoniaques, oiseaux picorant des oreilles). Ces éléments, combinés aux modillons « autoportraits » (têtes sereines), suggèrent une interaction entre art sacré et culture laïque. L’absence de musiciens parmi les modillons, rare dans la région, intrigue les historiens.
Située 5 Place de l’Église à Rétaud (Charente-Maritime), l’église Saint-Trojan reste un exemple majeur du patrimoine roman en Nouvelle-Aquitaine, alliant fonction religieuse, défense et expression artistique. Son classement précoce (1862) souligne son importance historique, tandis que ses détails architecturaux – comme les colonnes cannelées de l’abside ou les arcs ogivaux de la quatrième travée – en font un sujet d’étude pour l’art médiéval saintongeais.