Origine et histoire de l'Église Saint-Urcisse
L’église paroissiale Saint-Urcisse de Cahors, proche des rives du Lot, incarne la transition entre l’art roman et le gothique en Quercy. Fondée sur un site romain, elle aurait remplacé une première église dédiée à saint Saturnin, détruite au VIe siècle lors des invasions franques. Reconstruite sous l’épiscopat de saint Urcisse (mort en 595), elle devient un prieuré dépendant de l’abbaye de Marcilhac au XIIe siècle après un long conflit juridique entre le chapitre cathédral et les moines. Son architecture mêle des éléments romans tardifs (chapiteaux historiés du collatéral sud) et gothiques (feuillages naturalistes du collatéral nord), reflétant une construction échelonnée entre les XIIe et XVe siècles.
Au Moyen Âge, l’église est un lieu de culte actif, doté d’une crypte antique partiellement ensevelie en 1927 après une inondation. Au XIXe siècle, des remaniements malencontreux (ajout d’un clocher en 1870, démoli en 1968) fragilisent l’édifice. Classée Monument historique en 1988, elle fait l’objet de campagnes de restauration au XXe siècle (1960, 1992, 2001, 2010), visant à stabiliser ses maçonneries instables. Aujourd’hui inaccessible, elle conserve des chapiteaux sculptés remarquables, des voûtes d’ogives bombées et une façade occidentale remaniée, témoin d’un chantier médiéval inachevé.
La Révolution transforme l’église en bien national : vendue en 1791, elle devient un atelier de salpêtre avant de retrouver sa vocation cultuelle en 1801. Les conflits entre l’abbaye de Marcilhac et le chapitre de Cahors (XIIe–XIIIe siècles) illustrent les tensions pour le contrôle des paroisses quercynoises. Les chapiteaux, attribués à des ateliers distincts, révèlent une évolution stylistique : du roman tardif (scènes bibliques, feuillages stylisés) au gothique (motifs naturalistes). La crypte, partiellement dégagée en 1993, atteste d’une occupation haute, peut-être antique, tandis que les désordres structurels actuels (fissures, déformations) rappellent les défis de sa préservation.
Les sources médiévales, comme la Vita sancti Desiderii (VIIe siècle), mentionnent une « basilique Saint-Saturnin-et-Saint-Urcisse », confirmant son ancienneté. Les fouilles et études récentes (Lei Huang, 2011) soulignent la complexité de son histoire constructive, marquée par des phases successives : bas-côté sud et chœur (début XIIIe), nef et façade (milieu XIIIe), puis ajouts gothiques (XIVe–XVe). Les restaurations modernes, bien que partielles, ont permis de sauver des éléments clés, comme les vitraux du chevet ou les chapiteaux du collatéral nord, classés parmi les joyaux du patrimoine lotois.